Sir John A. est parmi nous !

Brian Porter. by THOMAS MORRIS
par Deborah Morrison
La reconstitution historique croît en popularité dans les communautés canadiennes, petites et grandes. C’est une façon amusante de redonner vie à l’histoire.
L’étincelle dans le regard était certainement une des caractéristiques les plus remarquables de John A. Macdonald. Après tout, le 1er juillet 1866, alors qu’il occupait le poste de premier ministre du Haut-Canada, il était comme un poisson dans l’eau : sa carrière politique s’annonçait prometteuse, portée par son « projet de confédération » et la prospérité sans précédent que ce projet devait engendrer au pays. La foule était respectueuse, déférente et à l’écoute. On l’inondait de questions sur la menace des Fenians et la construction possible d’un chemin de fer, mais aussi de commentaires sarcastiques sur la corruption des hommes politiques. John A. adorait son métier et c’est cet « esprit enthousiaste » qui traduit de la façon la plus remarquable ce que Brian Porter pense de Sir John A. Macdonald. Et c’est également ce trait de caractère qu’il tente de recréer en premier lieu.
Nous sommes le 1er juillet, mais 2009 cette fois-ci. Brian Porter (incarnant John A. Macdonald) et moi-même parcourons le Upper Canada Village. Nous sommes fréquemment accostés par des passants, armés de caméras ou portant le costume d’époque, mais malgré ces interruptions, Brian m’avoue qu’une des plus grandes difficultés d’un comédien qui incarne un personnage historique est de se souvenir des dates et de la séquence des événements. « Les détails sont très importants », insiste-t-il.
« Lorsque j’ai décidé de jouer ce rôle, je me suis dit qu’il fallait que je le fasse avec conviction. Même l’apparence physique du personnage a été bien étudiée. Les visiteurs du Village échangent avec lui, dans leur rôle de villageois ou dans leur rôle de touristes. Brian parvient à faire la transition du passé au présent sans effort et en douceur. Il ne donne jamais l’impression de faire la leçon.
En 1998, lorsque la Brockville Infantry Company a invité Brian Porter à jouer le rôle de Sir John A. faisant la revue des troupes lors d’une reconstitution d’un événement de 1862, il pensait que ce serait sans doute la première et la dernière fois. Cependant, ce nouveau retraité du monde de l’enseignement, passionné d’histoire, y a vu une occasion unique de demeurer présent dans les salles de classe et d’agrémenter les leçons d’histoire.
Depuis, il a parlé à des centaines de personnes de Sir John A. Macdonald, tout en l’incarnant. Il a visité des écoles et des communautés de l’est de l’Ontario, et a récemment fait une apparition à la télévision dans le cadre d’une série de capsules historiques produites par CKWS, Kingston (voir ci-dessous).
Brian et Reenie Porter jouent les rôles de Sir John A. Macdonald et de sa femme, Agnes, dans ces deux capsules d’une minute.
Comme c’est souvent le cas chez les comédiens, il s’agit d’une affaire de famille chez les Porter. Sa femme Reenie dessinait des costumes pour la Brockville Infantry Company et a convaincu son équipe de recruter Brian pour ce rôle. Elle l’accompagne souvent à titre d’épouse de Sir John A., Agnes. « Comme le Dominion, cite Brian, je suis assujetti à ma propre reine ».
Plus de dix années ont passé, mais Brian ne montre aucun signe de lassitude, malgré les innombrables blagues sur l’alcoolisme de son personnage. Il admet « j’aimerais bien qu’on parle d’autre chose », mais il ne perd jamais patience. Il se sert de n’importe quel sujet pour parler de civisme, des rouages du gouvernement et de ce qui selon lui devrait constituer le véritable héritage de Macdonald : la politique n’est pas seulement pertinente, mais elle peut être amusante!
Je n’ai pas pu m’empêcher de lui demander ce qu’il pensait de l’évolution du pays depuis les 142 dernières années. En vrai patriote, il affirme que le commerce interprovincial n’est pas encore une réalité et il s’inquiète de l’érosion du concept et de la pratique de la suprématie du Parlement.
Alors quel est le secret du succès de Brian? « Il faut de l’énergie pour faire cela. Je ne veux pas que ce travail devienne une entreprise, je veux rester ‘frais’ ». Manifestement, Brian connaît son alter ego sur le bout des doigts et admet qu’il lit constamment sur ce personnage afin que ses interprétations soient les plus crédibles possibles. Plus je lis sur lui, plus il devient intéressant, affirme Brian. Il ajoute, en paraphrasant un autre biographe, « Johh A. Macdonald était et demeure de bonne compagnie ».
Est-ce que Brian Porter voit le jour où il cessera de jouer ce personnage? Il fait une pause et me regarde, avec cette étincelle si caractéristique dans les yeux : « Il a vécu jusqu’à 76 ans, donc je présume qu’il me reste encore au moins dix ans! »