Les Jets de Winnipeg prennent leur envol

La soirée où des Jets inconnus ont triomphé des Canadiens, très connus

par Patti Dawn Swansson; traduit de l'anglais par Marie-Catherine Gagné

1 janvier 2017

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Si Tom McVie, entraîneur‐chef des Jets de Winnipeg, ne l’a pas dit une fois, il ne l’a pas répété une douzaine de fois : « Nous allons battre les Canadiens de Montréal ». C’est le serment que l’homme a fait durant les deux premiers mois et demi de l’existence de son club dans la Ligue nationale de hockey. « Le hic c’est que je ne sais pas quand. »

Ceux d’entre nous qui ont suivi les tribulations quotidiennes des Jets, à la maison ou sur la route, au cours de leur croisade de 1979‐1980, ravalaient leur envie de ricaner au mantra de McVie car cet amoureux inconditionnel du hockey et joyeux drille qui nous régalait avec ses anecdotes hilarantes de son temps était vraiment apprécié de tous. Pourtant, aussi louable que fût sa croyance envers sa troupe au talent dilué, la pensée que les Jets pourraient renverser les « Habs », champions en titre de la Coupe Stanley, faisait rire.

Soyons sérieux, l’alignement des « Glorieux » était composé du gratin des joueurs de hockey, celui des Jets, d’inconnus. Quiconque savait distinguer une rondelle d’un fromage pourrait affirmer que, même dans leur pire moment, les Guy Lafleur, Steve Shutt, Bob Gain¬ey, Larry Robinson, Serge Savard, Guy Lapointe, et al., lessiveraient en bleu, blanc et rouge les vaillants Jets tels que les Lorne Stamler, Barry Melrose, Jimmy Mann, Mike Amodeo ou Ross Cory.

Aucun doute n’est permis, les Canadiens avaient renforcé leur supériorité en novembre en infligeant une correction de 7 à 0 aux Jets en visite au Forum de Montréal. Toutefois, l’entraîneur McVie inébranlable malgré l’humiliation, répéta son incantation : « Nous allons battre les Canadiens de Montréal », comme si quelconque magie opérerait un jour. « Le hic c’est que je ne sais pas quand. »

Sautons au 15 décembre 1979, un samedi soir où les caméras de l’émission Hockey Night in Canada entraient pour la première fois dans l’aréna de Winnipeg. Beaucoup de balivernes étaient débitées à propos de l’hystérie entourant les « Habs ». Les gourous du marketing imaginèrent que ce serait un coup sensationnel de transformer l’occasion en à soirée du smoking ». On encouragea donc les spectateurs à revêtir des habits de pingouins. Le personnel du Mallabar, un magasin de la ville spécialisé dans la vente et la location de tenues de soirée, a vu 1 500 smoks disparaître en moins de temps qu’il faut pour dire « Giorgio Armani. »

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Membres de l’état‐major, entraîneurs, personnel de soutien, chauffeur de Zamboni et bon nombre des 15 723 spectateurs, tout ce beau monde était tiré à quatre épingles.

Les Jets, par contre, étaient un groupe très hétéroclite. À cause des mesures restrictives prévues dans l’entente ratifiant l’admission dans la LNH des Jets et de trois autres équipes de la défunte Association mondiale de Hockey, le groupe qui a affronté les Habs ce 15 décembre, avait très peu de points communs avec celui qui avait remporté le dernier titre de l’AMH le printemps précédent. Il lui manquait des éléments clés tels que Terry Ruskowski, Rich Preston, Barry Long, le dur à cuire Kim Clackson et le très talentueux Kent Nilsson.

Brillait aussi par son absence, le franc‐tireur Bobby Hull, qui, s’étant trompé sur l’heure de la partie, sirotait une tasse de thé chez lui alors qu’il aurait dû être sur la patinoire à s’échauffer avant la partie. M. Hull, alerté par un coup de téléphone, se présenta à l’aréna, mais vu son retard, l’entraîneur McVie raya son nom de l’alignement. Lorsque le directeur général John Ferguson fut mis au courant de l’imbroglio, il défonça d’un coup de pied rageur la porte du bureau de l’entraîneur. McVie refusa de changer sa décision. La règle c’est la règle. Hull, le légendaire ailier gauche, quitta les lieux et ne fut plus jamais revu dans l’uniforme des Jets.

Quoiqu’il en soit, Winnipeg s’en tira fort bien sans lui ce soir-là.

Les Jets déculottèrent les « Flying Frenchmen ». Willy Lindstrom marqua trois buts et Peter Sullivan, un but et trois aides.

Ron Wilson et Morris Lukowich enfilèrent chacun un but. Les Jets triomphèrent des Canadiens par la marque de 6 à 2 en effectuant 48 tirs contre 19 (le tableau indiquait 22 tirs contre 4 dans la deuxième période).

À la fin de la partie, je me suis précipitée au sous‐sol du vieux bâtiment agricole du chemin Maroons de Winnipeg afin de recueillir les perles de McVie. « Je vous l’avais dit que nous battrions les Canadiens de Montréal », dit‐il tout souriant. « Oui en effet Tom », ai‐je répondu. « En passant, t’es formidable dans un smok. »

« Pas mal chic, hein? », répondit‐il moqueur. « J’ai promis de retourner le smok avant minuit sinon on me chargera un extra. Je ne peux pas me le permettre et Fergy est trop radin pour payer la pénalité. »

La morale de cette histoire? La victoire contre les Canadiens a été inestimable, mais apparemment pas à n’importe quel coût.

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Patti Dawn Swansson a couvert les activités des Jets pour le Winnipeg Sun et le Winnipeg Tribune qui n’est plus publié.

Cet article a été publié à l'origine dans le magazine Canada’s History, décembre 2017-janvier 2017.

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