Virage

Le match qui a donné une nouvelle identité aux Sénateurs d’Ottawa et à leur capitaine de longue date

par Wayne Scanlan; traduit de l'anglais par Marie-Catherine Gagné

1 janvier 2017

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Il arrive à l’occasion qu’un seul match change l’image d’une franchise et celle de son valeureux capitaine. Pour les Sénateurs d’Ottawa, ce fut la cinquième partie de la finale de la Conférence de l’Est contre les Sabres de Buffalo en 2007.

Ce qui s’est produit ce 19 mai 2007 a chassé la guigne qui s’abattait sur les Sénateurs en séries éliminatoires et contribué à élever leur capitaine, Daniel Alfredsson, alors âgé de trente‐quatre ans, au rang d’icône. Alfredsson, sur qui avaient plané des rumeurs d’échange l’automne précédent, n’aurait pu écrire une plus belle histoire de rédemption. Une année auparavant, le joueur natif de Suède avait mené l’équipe des Sénateurs vers le record pour une franchise de 113 points en saison régulière. Mais les Sénateurs devaient perdre en cinq parties en première ronde des séries contre les Sabres. Le jeu maudit : Jason Pominville des Sabres contourne Alfredsson et marque le but gagnant durant un surnombre réglementaire des Sénateurs.

Pour beaucoup de gens, l’édition 2005‐2006 des Sénateurs était la meilleure équipe d’Ottawa depuis l’octroi de la nouvelle franchise en 1992. Mais en 2006, la blessure subie par le légendaire gardien Dominik Hasek au cours des Olympiques d’hiver à Turin en Italie fragilisa l'équipe — et Buffalo sut pleinement en profiter contre le gardien substitut, Ray Emery.

La surprenante défaite fit douter certaines personnes de l’organisation des Sénateurs du leadership d’Alfredsson. Les Sénateurs avaient concédé trois séries éliminatoires à Buffalo, dont une par balayage en 1999, et aligné quatre séries perdantes — de 2000 à 2004 — contre leur ennemi, les Maple Leafs de Toronto. Aussitôt né, l’espoir était déçu.

Dans la courte histoire des Sénateurs en éliminatoires, rien n’a été plus pénible pour leurs partisans que les défaites contre les voisins ontariens. Les Leafs, avec leur étiquette historique « d’équipe originale » et l’immense couverture médiatique dont ils faisaient l’objet, triomphaient d’Ottawa de façons toujours plus exaspérantes. En 2002, les Sénateurs menaient trois victoires à deux, et 2 à 0 dans le sixième affrontement lorsque leur défenseur Ricard Persson plaqua contre les bandes le dur à cuire des Leafs, Tie Domi, lui infligeant une plaie ouverte au front. Au cours de la pénalité subséquente, les Leafs égalèrent le score, puis gagnèrent la partie et, enfin, la série.

Alfredsson, seul joueur des Sénateurs ayant participé à toutes les parties d’après‐saison de la franchise jusqu’alors, était le visage des Sénateurs qui tentaient pour la première fois de devenir une équipe compétitive. Ce visage était dès lors long et triste.

Malgré sa déception, le directeur général, John Muckler, a fait confiance à son capitaine; une décision profitable. Alfredsson, Jason Spezza au centre et Dany Heatley à gauche ont composé le trio le plus prolifique de la LNH en 2006‐2007. Affichant puissance et harmonie, le trio a dominé la ligue, chaque membre récoltant vingt‐deux points durant les séries éliminatoires. Alfredsson a été le meilleur marqueur avec quatorze buts.

Mais aucun but n’a été plus spectaculaire que celui qu’Alfredsson a marqué, son dixième des séries, dans la cinquième partie contre les Sabres, l’équipe favorite. Durant soixante minutes, les rivaux de division se sont livré un combat égal, mais quelque peu empreint de prudence. Le jeu qui survint durant la période supplémentaire pourrait être décrit intégralement par chacun des partisans des Sénateurs de ce temps : dans un affrontement un contre un, inoffensif en apparence, Alfredsson effectua sournoisement un tir bas du côté du gant du gardien Ryan Miller des Sabres qui déjoua celui‐ci.

Le banc des Sénateurs se vida, les joueurs empressés d’occuper leur place dans l’histoire du club. Quatre‐vingts années s’étaient écoulées depuis le temps où un club de hockey d’Ottawa avait atteint la finale de la coupe Stanley – en 1927, les Sénateurs d’Ottawa avaient triomphé des Bruins de Boston. Dans les années 1920, les premiers Sénateurs, avec Cy Denneny et Frank Nighbor dans leur rang, formaient une puissante équipe qui remporta quatre coupes entre 1920 et 1927. Au total, les équipes d’Ottawa ont remporté onze championnats, dont quatre consécutifs, de 1903 à 1906, grâce à Frank McGee et aux Silver Seven d’Ottawa.

La franchise avait maintenant soif d’un peu de gloire moderne.

Lorsque, cette nuit‐là, les Sénateurs sont descendus de l’avion, des milliers de partisans s’étaient massés dans le terminal des vols nolisés d’Ottawa afin d’acclamer leurs héros. Les automobiles des joueurs se sont frayé un chemin dans la foule rouge et blanche des partisans qui chantaient et prenaient des photos. Au volant de son automobile, Alfredsson tout souriant, le premier joueur européen ayant mené un club de la LNH à la finale de la coupe, saluait les partisans en leur donnant par la vitre baissée des claques sonores sur leurs mains brandies.

Bien qu’Ottawa allait perdre la finale de la coupe Stanley contre les Ducks d’Anaheim, à cet instant seul importait le fait que l’histoire avait été écrite.

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Wayne Scanlan couvre depuis 1987 les sports professionnels pour le quotidien Ottawa Citizen.

Cet article a été publié à l'origine dans le magazine Canada’s History, décembre 2016-janvier 2017.

Cet article est aussi offert en anglais

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