7 Histoires racontées par des objets

L’histoire peut être racontée par des artéfacts. Éclairage sur sept d’entre eux.

Écrit par Charles Dagneau, Nancy McCarthy et Mike Steinhauer

30 mai 2017

Les objets du quotidien racontent une myriade d’histoires sur le passé du Canada.

Depuis des décennies, Parcs Canada a préservé et protégé des artéfacts qui évoquent le patrimoine matériel de nos lieux historiques nationaux, parcs nationaux et aires de conservation marines nationales.

La collection contient environ 31 millions d’objets, incluant 700 000 articles historiques et 30 millions d’artéfacts archéologiques, racontant ainsi plus de 11 000 ans d’histoire. Ces objets, des oeuvres d’art aux meubles, peuvent être empruntés par des musées de partout au pays et bon nombre de ces articles sont exposés en permanence dans des sites de Parcs Canada.

Plusieurs de ces objets seront aussi exposés lors du 150e anniversaire du Canada dans des institutions telles que le Musée canadien de la guerre, le Musée canadien de l'histoire et le Musée des beaux-arts du Canada.

Les objets suivants ne sont que quelques exemples de l’une des plus importantes collections d’artéfacts au Canada.

Proposition de drapeau

Jusqu’en 1965, lorsque le drapeau à la feuille d’érable fut adopté, le Canada n’avait aucun drapeau national. Le Red Ensign canadien, qui faisait office de drapeau, rivalisait avec le drapeau royal de l’Union (Union Jack) pour représenter la nation canadienne.

Le grand débat sur le drapeau de l’ère Diefenbaker-Pearson eut lieu après la formation, par le Premier ministre William Lyon Mackenzie King, de deux comités parlementaires qui ne parvinrent malheureusement pas à s’entendre. Des 2 409 dessins présentés au comité en 1946, 67 % comportaient des feuilles d’érable et 16 % intégraient le Union Jack.

On y trouvait également d’autres détails fort populaires, comme des étoiles, des fleurs de lys, la couronne et (bien entendu) des castors. Sans surprise, le dessin retenu est une adaptation du Red Ensign avec une feuille d’érable remplaçant les armoiries (dans la moitié droite du drapeau).

Voici l’un des drapeaux proposés lors du débat de 1946, l’un des quatre qui font partie de la grande collection Mackenzie King au lieu historique national de la Maison-Laurier. Son créateur est inconnu.

Chaussure d’homme

La guerre de Sept Ans (1756–1763) s’est déroulée en Europe, en Inde, en Amérique et en mer. En Amérique du Nord, la Grande-Bretagne et la France se livrent une lutte acharnée pour conserver leur suprématie.

Au début de la guerre, les Français (avec l’aide des milices canadiennes et de leurs alliés autochtones) déjouent plusieurs attaques britanniques et prennent plusieurs forts. En 1758, les Britanniques s’emparent de la forteresse de Louisbourg, au Cap-Breton, ensuite de Québec, en 1759, et de Montréal, en 1760. En cette même année, une flotte de six navires marchands français, incluant la frégate Le Machault, combat la flotte britannique sur la rivière Ristigouche, qui sépare le Québec du Nouveau-Brunswick.

Tous les navires français sombrent. Parmi les marchandises qu’ils contenaient, notons 5 500 paires de chaussures, incluant celle-ci, retrouvée dans les années 1970 sur l’épave de la frégate Le Machault. L’endroit est aujourd’hui reconnu comme le Lieu historique national de la Bataille-de-la-Ristigouche.

La France cédera officiellement le Canada aux Britanniques suite à la ratification du Traité de Paris en 1763.

Masque de Transformation

Les masques de transformation, comme celui illustré ici, sont portés lors des cérémonies. Les masques évoquent la transformation, souvent d’un animal en être mythique ou, dans ce cas, du soleil en lune.

Ce masque de la fin du 19e siècle fait partie de la collection d’artéfacts Yuquot. La collection Yuquot est le résultat d’un plan de codéveloppement entre Parcs Canada et la Première Nation Mowachaht-Muchalaht visant à bâtir un centre d’interprétation au Lieu historique national du Canada Yuquot, sur la côte ouest de l’Île de Vancouver. La collection a été assemblée vers la fin des années 1960 et dans les années 1970. Même si le plan de codéveloppement ne fut jamais réalisé, cette collection exceptionnelle demeure sous la garde de Parcs Canada.

La Première Nation Mowachaht-Muchalaht continue de planifier la construction de son centre d’interprétation et dès qu’elle sera prête à recevoir la collection, Parcs Canada la transférera à Yuquot.

Buste de Riel

William Henry Jackson (1861–1952), qui adoptera plus tard le nom de Honoré Joseph Jaxon, nous a sans doute laissé l’une des représentations les plus évocatrices de Louis Riel.

Jackson, un organisateur syndical reconnu qui a été le secrétaire de Louis Riel lors de la Résistance de 1885, se voyait comme un « artisan de la paix entre les populations autochtones et immigrantes du Nord-Ouest ». Jackson et Riel furent emprisonnés après la bataille de Batoche, en mai 1885.

À son procès, Jackson entendait bien défendre les actions de Riel. Cependant, le procès dura à peine une heure, la Couronne et la défense ayant déclaré Jackson fou. Il sera envoyé à l’asile de Lower Fort Garry, situé juste au nord de Winnipeg. Riel sera détenu à Regina et exécuté publiquement le 16 novembre 1885.

Pendant ce temps, à l’asile, Jackson sculpte un petit buste de bois représentant Louis Riel. Ce buste de 21 cm de hauteur, illustrant le visage couvert de barbe et amaigri de Louis Riel, évoque le Christ. On peut y lire les lettres DAVID (le second prénom de Riel) sculptées dans le bois.

Jackson remet ce buste au Dr Young le 17 octobre 1885 et prend la fuite peu de temps après. Le lieutenant-colonel R. H. Young, fils du Dr Young, a fait don de ce buste au Lieu historique national de Lower Fort Garry en 1964, où l’on peut le voir encore aujourd’hui.

 

Flacon de médicament

En 1845, l’explorateur Sir John Franklin quitte l’Angleterre avec deux navires, le HMS Erebus et le HMS Terror, à la recherche du passage du Nord-Ouest. Les navires et leur équipage disparurent. Il s’écoulera près de 170 ans avant qu’une expédition, guidée par Parcs Canada en 2014, ne découvre l’épave du HMS Erebus.

Ce flacon de verre est l’un des artéfacts que l’on a retrouvé sur le site, aujourd’hui connu sous le nom de Lieu historique national du Canada des Épaves-du-HMS Erebus-et du-HMS Terror, au Nunavut. Sur ce petit flacon de médicament, on peut lire « Samuel Oxley » et « London ». Oxley était un chimiste de Londres qui vendait de « l’essence concentrée de racine de gingembre jamaïcaine », un composé que l’on disait guérir une foule de maux, des troubles gastriques à l’hypocondrie. À bord du HMS Erebus, il servait sans doute à lutter contre le mal de mer.

Ce flacon contenait en fait 19 petits plombs, indiquant qu’il ait pu également servir au fourniment. Une analyse détaillée du contenu révèle également des traces de gomme arabique et de bicarbonate de potassium, deux substances que l’on retrouvait communément dans les coffres a médicaments des navires de la Marine royale du 19e siècle. La réutilisation des contenants était fréquente à cette époque, mais ces multiples utilisations d’un même objet demeurent tout de même remarquables.


Ceinture de traité de paix, ceinture Wampum

Les perles de wampum sont faites de coquillages sculptés par les peuples autochtones de l’est de l’Amérique du Nord. Ces perles blanches ou violettes sont confectionnées à partir des coquilles de buccin et de palourde américaine, que l’on trouve sur les plages de l’Atlantique.

Les perles servaient à fabriquer des ceintures dont les caractéristiques mnémoniques facilitaient les communications. Ces ceintures étaient essentielles à la vie politique et spirituelle. Chaque ceinture évoquait un évènement particulier, une discussion, un conseil ou un traité. Le contraste entre les perles pâles et foncées formait des motifs ayant une signification particulière, et leur interprétation était une tâche importante.

Le gardien des ceintures wampum de son peuple devait les dévoiler, selon les circonstances. L’échange de ceintures concluait également des traités. Si une querelle éclatait entre deux parties qui avaient échangé des ceintures, le gardien du wampum présentait celle qu’il jugeait la plus appropriée et récitait les modalités du traité d’origine.

Cette ceinture wampum a été acquise par Parcs Canada au début des années 1970. On dit qu’elle serait liée à la Grande Paix de Montréal conclue en 1701 entre la Nouvelle-France et près de 40 Premières Nations. Elle fait partie de la collection du lieu historique national du Canada du Fort-Chambly, au Québec.

La Bennett de Service

Robert Service, le « barde du Yukon », fut un des poètes les plus aimés du 20e siècle. Il réussit même à vivre de sa poésie. Né à Preston, en Angleterre, en 1874, il est arrivé au Canada à l’âge de 22 ans. Il a beaucoup voyagé, essentiellement le long de la côte Ouest du Canada et des États-Unis.

En 1903, il a commencé à travailler pour la Canadian Bank of Commerce en Colombie-Britannique. En 1905, il fut envoyé à Whitehorse, au Yukon. Au cours de son séjour au Yukon, il a produit plusieurs oeuvres littéraires, dont The Spell of the Yukon, Ballads of a Cheechako et The Cremation of Sam McGee. Après son déménagement à Dawson City, Service a écrit certaines de ses oeuvres les plus mémorables sur cette machine à écrire Bennett de 1901, dans une petite cabane de bois de la 8e avenue, où il a vécu de 1908 à 1912.

Sa demeure, au Lieu historique national du Complexe-Historique-de-Dawson, est ouverte aux visiteurs, qui la découvriront dans l’état où il l’a laissée, en 1912. Sa machine à écrire fait partie de la collection des objets historiques du complexe..

Cet article est paru dans le numéro juin-juillet 2017 du magazine Histoire Canada.

Passer les liens de partage

Relié à Musées et galeries