Jazz Man

De ses humbles débuts à son intronisation au Temple de la renommée, le pianiste Oscar Peterson incarnait à la fois l’excellence et la grâce
Par Jason MacNeil Mis en ligne le 17 janvier 2025

Le 11 avril 2000, le public venu en nombre au Roy Thomson Hall de Toronto a eu le privilège d’assister à la première mondiale de Trail of Dreams: A Canadian Suite, une œuvre composée par le célèbre pianiste de jazz canadien Oscar Peterson et interprétée par l’orchestre de Michel Legrand. Âgé de 74 ans, Peterson avait subi sept ans plus tôt, en 1993, un accident vasculaire cérébral affectant sa mobilité du côté gauche. Mais, comme il l’a fait pendant une grande partie de sa vie, Peterson a surmonté cette épreuve, éblouissant à la fois ceux qui le voyaient pour la première fois et ceux qui, des décennies plus tôt, avaient été témoins de sa première ode musicale à son pays natal sur l’album Canadiana Suite, sorti en 1964

Accompagné du bassiste Niels-Henning Ørsted Pedersen, du guitariste Ulf Wakenius et du batteur Martin Drew, Peterson réchauffe la foule avec un premier set enlevant comprenant des morceaux emblématiques tels que « Night Train ». Puis est venu le moment que tous attendaient : alors que la musique s’amplifie sous la direction de Michel Legrand et de son ensemble de vingt-quatre cordes, Peterson fait jaillir de son piano les douze pièces qui composent Trail of Dreams. De « Open Spaces », un morceau entraînant qui fait taper du pied, à « Manitoba Minuet », plus aérien et texturé, chaque « paysage musical », comme les décrit Peterson, capture avec vivacité une région du Canada, créant ainsi un riche chef-d’œuvre sonore. « Oscar Peterson est un artiste profondément canadien, écrivait Gene Lees dans sa biographie de 1988 intitulée Oscar Peterson: The Will To Swing. Il utilise le son comme [l’artiste du Groupe des Sept] A.Y. Jackson utilisait la peinture. »

Peterson, qui aurait eu cent ans cette année, a confié à Lees à quel point le piano est imposant. « C’est un instrument de taille, disait-il. Le clavier offre tellement de possibilités! Je suis certain que cela intimide tout le monde à un moment donné. Cela m’a intimidé moi aussi. » Mais, malgré les quatre-vingt-huit touches qui le fixaient, Peterson a réussi à maîtriser l’instrument avec une grâce, une fluidité et une aisance que peu d’artistes de jazz, même les plus grands, n’ont jamais égalées.

« Ce qui me fascinait le plus, c’était la taille de ses mains. Je me demandais toujours comment il allait pouvoir les glisser sur les touches. Il était grand, mais en même temps, son toucher était d’une grande délicatesse quand il le voulait, a déclaré son ami de toujours, le célèbre pianiste de jazz canadien Oliver Jones. Et quelle fluidité! Il aurait pu être un grand pianiste classique, je pense. Mais l’époque ne se prêtait pas particulièrement aux pianistes de concert noirs. »  

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Oscar Emmanuel Peterson est né à Montréal le 15 août 1925. Fils de Daniel Peterson, porteur de train pour CP Rail, et d’Olive Peterson, qui travaillait comme femme de ménage tout en élevant leurs enfants, Oscar vivait dans le quartier Saint-Henri, près de la gare Windsor. « Ce quartier était un véritable melting-pot », a déclaré Peterson dans le documentaire In the Key of Oscar, sorti en 1992, et cela l’a plus tard inspiré pour composer la pièce « Place St. Henri ».

Soucieux d’offrir une vie meilleure à ses cinq enfants, Daniel leur a inculqué la discipline et avait pour eux des attentes élevées. « Selon mon père, pour surmonter tous les obstacles, il fallait faire quelque chose de spécial, a déclaré Peterson dans le documentaire. Et papa semblait appliquer cette philosophie à tout, y compris au piano. »

Bien qu’il ait joué de la trompette et du piano dès son plus jeune âge, Oscar Peterson s’est consacré exclusivement au piano après avoir contracté la tuberculose à l’âge de sept ans. Peterson a passé treize mois au Children’s Memorial Hospital (aujourd’hui l’Hôpital de Montréal pour enfants). Il survit à la maladie, mais son frère Fred en mourra à l’adolescence, en 1934.

Peterson développe alors son don pour le piano, répétant souvent plusieurs heures par jour. En écoutant ce que jouait sa sœur aînée, Daisy, il parvenait à rejouer les morceaux de mémoire, sans partition.

Deux professeurs de piano influents ont aidé Peterson à se perfectionner. Le premier était le prolifique pianiste de jazz Louis Hooper, qui avait joué et enregistré à Detroit et dans le quartier de Harlem à New York avant de s’installer à Montréal. Hooper était impressionné par le talent d’Oscar, alors âgé de onze ans, surtout lorsqu’il l’entendait jouer de mémoire. Le pianiste classique d’origine hongroise Paul de Marky, qui a enseigné à Peterson lorsqu’il avait quatorze ans, a développé la confiance en soi du jeune homme, tant dans ses capacités techniques que dans son interprétation artistique de la musique.

À cette même époque, Jones, qui habitait dans la même rue que la famille Peterson, s’asseyait souvent sur le pas de leur porte juste pour écouter Oscar. Jones avait environ cinq ans lorsqu’il a vu pour la première fois Oscar, adolescent, se produire à l’Union United Church de Montréal, le siège de l’une des plus anciennes congrégations noires du Canada.

« Je savais vers quelle heure il travaillait son instrument, car il y avait toujours de la musique qui venait de la maison de la famille Peterson, a déclaré Jones. Alors je m’asseyais sur le pas de la porte avant d’aller jouer au baseball ou au hockey avec les copains. Je m’asseyais et j’écoutais. Les autres me disaient : « Allez, viens, allons jouer. Mais moi, je voulais rester pour l’entendre encore un petit moment. »  

Heureusement, Jones et le Canada auront encore l’occasion d’entendre Oscar Peterson à de nombreuses reprises. Après avoir remporté un concours amateur organisé par la CBC à l’âge de quatorze ans, Peterson joue chaque semaine dans le cadre de l’émission de radio de CKAC Fifteen Minutes Piano Rambling à Montréal, et se produit également à la station de radio affiliée à la CBC à Montréal. Il fera ensuite plusieurs apparitions dans The Happy Gang, une émission de variétés en direct diffusée en semaine sur CBC Radio.

En plein épanouissement artistique, Peterson s’inspire des pianistes de jazz Teddy Wilson et Art Tatum. Le jeu de Wilson passait presque instantanément d’une tendresse touchante à la frénésie. Tatum était si doué que, lorsqu’il a entendu son « Tiger Rag » pour la première fois, Peterson a cru que deux pianistes jouaient. Lorsqu’il a réalisé qu’il s’agissait uniquement de Tatum, il a perdu l’envie de jouer pendant un mois. « J’ai été envahi par un sentiment de frustration totale, a déclaré Peterson dans son autobiographie publiée en 2002, A Jazz Odyssey. Tout d’abord, je trouvais incroyable que cet homme puisse jouer de cette façon. Ensuite, même aveugle, il jouait beaucoup mieux que moi qui voyait! » Heureusement, il reviendra au piano, pour le bonheur de tous. 

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À dix-sept ans, Peterson veut quitter l’école pour se lancer dans une carrière de pianiste de jazz. Son père lui donne sa bénédiction, à une condition : « Si tu veux être le meilleur, je te laisserai partir, se souvient Peterson dans un documentaire de 1992. Mais tu dois être le meilleur. Il n’y a pas de deuxième place. »

Un autre incident se produit lorsque Peterson rejoint, à l’âge de dix-sept ans, le Johnny Holmes Orchestra, un orchestre de danse populaire de Montréal dirigé par le trompettiste John Holmes. Selon la biographie de Reva Marin, Oscar : The Life and Music of Oscar Peterson, l’hôtel Ritz-Carlton de Montréal refuse tout d’abord d’accueillir Peterson. L’hôtel reviendra sur sa décision après que Holmes menace de publier des annonces dans les journaux indiquant que son orchestre ne peut pas se produire dans cet établissement chic parce qu’il « n’accepte pas les Noirs ». Peterson a déclaré dans son autobiographie que Holmes refusait « tout engagement dans lequel ma présence pouvait être source de tensions raciales ».

Malgré le soutien de son entourage, Peterson continue de subir un racisme tantôt subtil, tantôt flagrant. Selon la biographie de Lee, un autre incident se produit peu avant Noël 1945, lorsque Peterson et une femme s’approchent du même taxi dans une rue de Montréal. Le passager qui sort du taxi se retourne et frappe Peterson, lui lançant une insulte raciste. Peterson tombe par terre tandis que le taxi repart avec la femme. Lorsque Peterson se relève et frappe son agresseur, l’homme lui assène un deuxième coup de poing. Peterson riposte, mais un policier qui se trouvait à proximité le met en état d’arrestation. « Vous avez détourné le regard quand il m’a frappé, a déclaré Peterson. Si vous voulez m’emmener au poste, vous devrez utiliser votre arme. » Le pianiste quitte alors les lieux, sous les regards du policier et de l’agresseur. En 1951, Peterson sera refusé trois fois dans le même salon de coiffure à Hamilton, en Ontario, ce qui fera les gros titres de la presse internationale.

« Le racisme est, malheureusement, évident, déclare John Devenish, musicien et animateur de l’émission Dinner Jazz sur Jazz FM à Toronto, à propos de la lutte contre les préjugés menée par la génération de Peterson. Je suis captivé par la dignité dont a fait preuve toute une génération, qui aurait eu toutes les raisons de reculer devant la laideur et la haine du racisme. Leur force de caractère a été sublimée par leur capacité à s’élever au-dessus de tout cela et à viser l’excellence. Ils ont inculqué cette sensibilité aux enfants de leur génération, par l’exemple et l’action. »

À l’automne 1947, Peterson quitte le Johnny Holmes Orchestra pour tracer sa propre voie et forme un trio avec le bassiste Austin Roberts et le batteur Clarence Jones (remplacé plus tard par Bernard Johnson). Leur premier engagement de quatre mois à l’Alberta Lounge de l’hôtel Alberta à Montréal est si bien accueilli qu’il est prolongé jusqu’en septembre 1949.

C’est une performance à l’Alberta Lounge qui attire l’attention du promoteur Norman Granz. Granz, qui deviendra l’impresario de longue date et de confiance de Peterson, fait venir le pianiste au Carnegie Hall de New York pour faire ses débuts américains lors d’un spectacle Jazz at the Philharmonic réunissant de nombreuses vedettes, le 18 septembre 1949. « Il a fait irruption sur la scène américaine avec l’impact d’une nouvelle planète », a écrit le critique de jazz britannique Richard Palmer dans sa monographie Oscar Peterson, publiée en 1984.

Granz et Peterson nouent une amitié et une relation professionnelle solides, née d’une simple poignée de main entre gentlemen. Peterson a même donné à l’un de ses fils le prénom de Norman. Mais surtout, Granz veille à ce que les musiciens noirs soient respectés à une époque où la ségrégation influence encore les aspects logistiques fondamentaux d’une tournée, tels que les repas, l’hébergement et même l’accès aux toilettes. « Granz n’a pas simplement imposé sa vision au monde de la musique, il l’a aussi imposée à la société », a déclaré Peterson dans In the Key of Oscar.

Bien qu’il ait enregistré et sorti plusieurs albums avec RCA Victor au Canada, Peterson fait ses débuts professionnels et acquiert une renommée internationale lorsqu’il forme un trio avec le guitariste Herb Ellis et le bassiste Ray Brown. De 1953 à 1958, peu d’ensembles musicaux font preuve d’une telle synergie. Peterson déclare dans son autobiographie que le secret réside dans « une cohésion et une pulsation totale et entière, où tous les trois nous pensons et jouons comme une seule personne ». L’album The Oscar Peterson Trio at the Stratford Shakespearean Festival, sorti en 1956, met en valeur le talent du groupe. Il s’agit de l’un des nombreux moments forts de la production de Peterson au cours de cette décennie, parmi lesquels Oscar Peterson Plays Duke Ellington, sorti en 1952, et une série d’enregistrements Songbooks, sortis en 1959 , rendant hommage à divers compositeurs, dont George Gershwin, Irving Berlin et Duke Ellington.

Malgré son emploi du temps chargé entre les tournées et les enregistrements, Peterson reste très présent à la maison, profitant au maximum du temps qu’il passe avec sa famille. Le jour de son dix-huitième anniversaire, il se fiance à Lillie Fraser, et ils se marieront en septembre 1944 à l’Union United Church.

Le couple aura cinq enfants. « Ils sont nés à un an d’intervalle : Lyn en 1948, Sharon en 1949, Gay en 1950, Oscar Jr. en 1951 et Norman en 1952, soit un enfant par an pendant cinq ans », écrit Lees. Le mariage prendra fin en 1958. « Nous avons divorcé et j’ai quitté la maison après avoir annoncé la nouvelle à nos enfants, ce qui a été l’événement le plus difficile de ma vie », déclare Peterson dans son autobiographie. Peterson se mariera trois autres fois, ayant un fils, Joel, en 1979, avec sa troisième femme, Charlotte Huber, et une fille, Celine, en 1991 avec sa quatrième femme, Kelly Peterson (née Kelly Greene).

La nouvelle décennie vient avec de nouvelles passions pour Peterson. Outre ses loisirs que sont la photographie et la pêche à la mouche, Peterson s’associe à Brown et à deux autres musiciens de jazz pour fonder l’Advanced School of Contemporary Music à Toronto. Ouverte en janvier 1960, l’école offre aux étudiants une formation pratique dispensée par Peterson et d’autres musiciens de renom. Jusqu’à la fermeture de l’école en 1964, Peterson enseigne aux étudiants les cinq T du jazz : le toucher, le tempo, le ton, la technique et le goût (taste).

Sa passion pour l’éducation s’étend également à la justice sociale. Rien n’illustre mieux ce combat que son emblématique « Hymn to Freedom », écrit en 1962 sur des paroles de Harriette Hamilton. La chanson sort sur Night Train, un album dédié à son père décédé en 1956. Inspiré par les manifestations pour les droits civiques de l’époque et l’exemple du révérend Martin Luther King Jr., Peterson a écrit la chanson « avec espoir, car les paroles incarnaient exactement ce que je pensais : quand tous les hommes se donneront la main et chanteront à l’unisson pour toujours, c’est alors que nous serons libres », déclare-t-il dans In The Key of Oscar.

Si « Hymn to Freedom » vaut à Peterson une renommée mondiale, son album Canadiana Suite, sorti en 1964, illustre son amour pour le Canada. Composé en 1963 et mettant en vedette Peterson, le batteur Ed Thigpen et Brown, cet album comprend huit pièces, chacune dédiée à une région canadienne et reflétant un voyage en train d’est en ouest à travers de vastes paysages.

« Son enthousiasme reflète la vénération que les Autochtones portent à cette terre, déclare Devenish. La musique capture l’immensité et la diversité avec des impressions musicales mêlant blues, swing et ambiance ». Peterson, dans ses propres mots, l’a exprimé ainsi : « Ma profession m’a conduit dans toutes les régions du monde, mais aucune n’est plus belle que celle où je vis. En tant que musicien, je réagis à l’harmonie et au rythme de la vie, et lorsque je suis profondément ému, cela laisse quelque chose qui chante en moi. Avec un pays aussi vaste et contrasté que le Canada, j’avais beaucoup de thèmes parmi lesquels choisir lorsque j’ai écrit la Canadiana Suite. C’est mon portrait musical du Canada que j’aime. »

Peterson sera nommé officier de l’Ordre du Canada en 1972. « C’est encore mon souvenir le plus marquant, surpassant tous les autres prix et honneurs que j’ai reçus, même si je suis reconnaissant pour chacun d’entre eux, a-t-il écrit dans son autobiographie. Car rien ne peut surpasser la reconnaissance de son pays natal et de tous ceux qui y vivent. » La gouverneure générale Jeanne Sauvé nommera Peterson Compagnon de l’Ordre du Canada en 1984, saluant sa carrière musicale et son rôle de « fervent défenseur de l’égalité de nos minorités ethniques ».

« Il était fier d’être Canadien, déclare Jones. À la fin de sa carrière, beaucoup de gens à travers le monde le prenaient pour un Américain. Pendant des années, certains d’entre eux avaient l’habitude de dire : « Comment un Canadien a-t-il bien pu en arriver à jouer ce genre de piano? »

Après une autre décennie couronnée de succès où il remportera trois Prix Grammy en solo et recevra les éloges de la critique pour son travail avec le guitariste Joe Pass (notamment The Trio en 1974, qui a valu à Peterson un autre Grammy, et Porgy and Bess en 1976), le pianiste continue de se produire et d’enregistrer tout au long des années 1980. Malheureusement, Peterson sera victime d’un accident vasculaire cérébral à New York en mai 1993. Il se rend compte avec effroi qu’il ne peut plus jouer comme avant. Mais il persévère, se produisant au Ravinia Festival de Chicago en 1994, un retour prouvant qu’il « reste le pianiste jazz par excellence », selon le Chicago Tribune.

Peterson donne plusieurs concerts mémorables au crépuscule de sa carrière. En 2004, Peterson et Jones se produisent ensemble lors du vingt-cinquième anniversaire du Festival international de jazz de Montréal, assis face à face à leurs pianos. « Ce fut l’un des concerts les plus mémorables que j’ai jamais donnés, a déclaré Jones. Après avoir joué pendant toutes ces années, je me suis dit que j’étais enfin arrivé. Cela fait quatre-vingt-cinq ans que je joue du piano en public. Je n’ai jamais rencontré un autre pianiste aussi dévoué à son instrument ».

« J’ai eu le grand plaisir de jouer aux côtés de Dave Brubeck et, je dirais, des dix plus grands pianistes de jazz qui l’ont précédé, et j’ai apprécié chaque minute. Mais rien ne m’a procuré autant de plaisir que de m’asseoir et de jouer avec mon ami. »

Au cours de sa longue vie, Peterson a remporté de nombreux prix et de nombreuses distinctions. Il a reçu sept Prix Grammy pour ses performances en solo et en groupe, dont un pour l’ensemble de sa carrière en 1997. Il a été intronisé au Panthéon de la musique canadienne et au Walk of Fame du Canada. Il est titulaire de diplômes honorifiques de plusieurs institutions, dont l’Université de Toronto, le Berklee College of Music et la University of the West Indies. 

Oscar Peterson est décédé d’une insuffisance rénale le 23 décembre 2007, entouré de sa famille, à son domicile de Mississauga, en Ontario. Le centième anniversaire de la naissance de Peterson sera célébré tout au long de l’année 2025. Un quatuor du centenaire d’Oscar Peterson, composé de Wakenius à la guitare, du bassiste Mike Downes, du batteur Jim Doxas et du pianiste Robi Botos, s’est produit dans quelques villes. Un concert a eu lieu le 14 juin au prestigieux Massey Hall de Toronto, près de quatre-vingts ans après les débuts de Peterson au Massey Hall, le 7 mars 1946.

La Canadiana Suite

Le nom du père d’Oscar Peterson, Daniel Peterson, n’apparaît jamais sur l’album historique de son fils, Canadiana Suite, sorti en 1964, mais il a certainement été l’inspiration derrière cet album.

Originaire des Antilles, Daniel Peterson a immigré au Canada en 1917. Deux ans plus tard, il devient porteur de train pour le Canadien Pacifique à Montréal. Selon la biographie de Jack Batten, Oscar Peterson : The Man and His Jazz, le père de Peterson travaillait souvent vingt heures par jour sur le trajet aller-retour Montréal-Vancouver, voyageant cinq nuits et quatre jours dans chaque direction. Il a pris sa retraite dans les années 1950 et est décédé en novembre 1956, après avoir subi un grave accident vasculaire cérébral.

Bien qu’il ait disparu, il n’a pas été oublié lors de la création de l’album. « Ces morceaux sont comme des vues depuis la fenêtre d’un train; ou peut-être des souvenirs des descriptions que faisait son père de la campagne lorsqu’il rentrait de ses voyages et supervisait les leçons de piano de son fils », a remarqué Gene Lees, qui a rédigé les notes de pochette de l’album, dans sa biographie de 1988 intitulée Oscar Peterson : The Will to Swing.

« La Canadiana Suite d’Oscar Peterson, composée en 1963, est une suite de huit morceaux reliant musicalement les régions du pays et aussi riches que la diversité collective de la nation, de ses habitants et de ses régions », déclare John Devenish, animateur de la radio Jazz FM91 de Toronto. Elle transporte les auditeurs à travers le paysage canadien, des Maritimes [« Ballad to the East »] aux Laurentides [« Laurentide Waltz »], en passant par Montréal [« Place St. Henri »], puis Toronto [« Hogtown Blues »], le Manitoba [« Wheatland »], la Saskatchewan [« Blues of the Prairies »], Calgary [« March Past »] et enfin la Colombie-Britannique [« Land of the Misty Giants »].

Le Panthéon des auteurs-compositeurs canadiens qualifie l’album de « mélange réfléchi de blues et de swing, alternant les rythmes et l’ambiance au fur et à mesure que le train progresse à travers le pays ». Peterson interprétera cette œuvre lors de l’émission The Wayne and Shuster Hour de la CBC en 1964. Il la joue pour la première fois en direct la même année à Charlottetown, alors que l’Île-du-Prince-Édouard célèbre le centenaire de la Conférence de Charlottetown de 1864 sur la Confédération. — Jason MacNeil

Cet article est paru dans le numéro février-mars 2025 du magazine Canada’s History.

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