Magie métisse
Avant de descendre la rivière Saskatchewan Nord dans un immense canot communautaire, nous nous réunissons sur la rive pour chanter à l’unisson. « J’entends le moulin, tique, tique, taque » : d’abord, nous y allons lentement, puis à un rythme de plus en plus rapide. « J’entends le moulin, tique, tique, taque. »
Nous ne nous contentons pas de chanter à tue-tête une chanson folklorique canadienne-française sur une roue de moulin, mais nous imaginons ce que ressentaient les voyageurs qui transportaient des fourrures et des marchandises pour la Compagnie de la Baie d’Hudson. Les couplets répétitifs ont appris aux hommes venus d’Écosse, d’Angleterre et de France à travailler ensemble.
Les voyageurs mesuraient les distances par le chant et cartographiaient les rivières avec leurs voix, explique l’artiste Danielle LaRose alors que nous pagayons entre Métis Crossing, à environ 90 minutes au nord-est d’Edmonton, et le parc historique provincial de Victoria Settlement. Ces « hommes forts et travailleurs, à la voix magnifique » impressionnaient les femmes des Premières Nations qu’ils croisaient, dit-elle.
« J’ai toujours considéré nos cours d’eau comme les entremetteurs de la nation métisse, car sans ces rivières et cours d’eau, nos grands-pères européens n’auraient jamais rencontré nos grands-mères des Premières Nations, explique Mme LaRose. La rivière est toujours celle qui nous rassemble, et c’est toujours elle qui nous offre un espace pour renouer, apprendre au contact des autres et raconter nos histoires. Elle a beaucoup à nous offrir. »
En cet après-midi d’automne, sur ce qui est aujourd’hui une rivière du patrimoine canadien, découvrons comment les Métis ont contribué à façonner le Canada.
J’ai fait le trajet en voiture depuis Edmonton vers le nord-est pour découvrir pourquoi Métis Crossing est la destination phare de l’Alberta pour tout ce qui concerne la culture, l’histoire et l’aventure métisses. Propriété de la Nation métisse de l’Alberta, Métis Crossing s’étend sur 278 hectares de terres historiques au cœur du lieu historique national du Canada de Victoria District.
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Lieu de commerce pour les Premières Nations depuis 8 000 ans, ce territoire s’est transformé en lots riverains colonisés par les premiers Métis venus de la rivière Rouge, au Manitoba, dans les années 1860. De longues bandes de terre étroites s’étendaient perpendiculairement aux rivières, permettant aux agriculteurs d’avoir accès à l’eau et à des terrains boisés.
Métis Crossing utilise aujourd’hui ces terres pour faire connaître l’histoire passée, présente et future du peuple métis à travers des expériences culturelles.
« Nous sommes les enfants du commerce de la fourrure, déclare Juanita Marois, présidente et directrice générale de Métis Crossing. Nous ne prétendons pas être ici depuis des temps immémoriaux, comme nos ancêtres des Premières Nations, mais nous affirmons être un peuple qui vivait sur cette terre avant que le Canada ne devienne une nation. »
Le Canada reconnaît les Métis, les Premières Nations et les Inuits comme des peuples autochtones distincts. Si 550 000 personnes s’identifient comme Métis, certaines sont simplement d’ascendance mixte et ne peuvent prouver qu’elles descendent des voyageurs. La Nation métisse de l’Alberta compte 54 000 citoyens inscrits.
Une charrette de la rivière Rouge est exposée dans le centre du patrimoine culturel de Métis Crossing. « C’était une technologie formidable pour l’époque, explique Mme Marois, le premier véhicule amphibie. » Fabriquées en bois avec des roues amovibles et sans pièces métalliques, ces charrettes pouvaient flotter sur les rivières.
À côté du centre se trouve un pavillon boutique conçu par un architecte métis qui rappelle les maisons fluviales de l’époque de la traite des fourrures et où sont exposées des courtepointes métisses. Des dômes d’observation du ciel permettent aux visiteurs d’admirer les aurores boréales et les constellations tout en apprenant comment les Métis utilisaient le ciel comme horloge, calendrier et outil de navigation. Un restaurant sert des plats d’inspiration autochtone, tels que de la limonade aux baies de Saskatoon, de la soupe au riz sauvage, des hamburgers de bison et un sandwich métis composé de mortadelle frite sur de la bannique. « C’est notre façon d’interpeller votre tête, votre cœur, vos mains et votre estomac! », explique Mme Marois.
Les expériences saisonnières quotidiennes reflètent la vie des Métis sur le territoire. Cela peut se traduire par une randonnée en raquettes jusqu’à la ligne de piégeage, des cours de tir à l’arc pour comprendre la chasse, des explications sur les richesses de la forêt, l’apprentissage du perlage ou une excursion en canot intitulée « Paddle into the Past » (pagayer vers le passé).
« Nous ne voulions pas en faire un musée où l’on regarde de vieux artéfacts derrière une vitre, explique Mme Marois. C’est plutôt une invitation à venir découvrir la culture métisse, à interagir avec les gens, à saisir l’aviron pour pagayer vers le passé, et à découvrir ces incroyables bisons. »
Les bisons sont appelés « bufloo » en michif, la langue métisse. Ils parcouraient autrefois ces collines lorsque les Métis se rassemblaient pour les chasses saisonnières. Ils sont aujourd’hui de retour dans un parc animalier de 130 hectares créé avec l’aide de l’éleveur ukrainien-canadien Len Hrehorets.
Lorsque je reviens en hiver, je participe à la visite guidée emblématique de Métis Crossing. Lilyrose Meyers, gardienne du savoir, me conduit à travers cinq enclos pour voir des bisons des plaines et des bois, des wapitis et des percherons.
Elle salue les animaux comme s’ils étaient des membres de sa famille et nous transmet son amour de la terre. « Cette expérience nous ressource, dit-elle. Métis Crossing est un lieu d’apprentissage. Il est destiné à nous tous. »
SI VOUS Y ALLEZ
COMMENT S’Y RENDRE : Métis Crossing se trouve à 90 minutes au nord-est d’Edmonton et à 10 minutes au sud de Smoky Lake. Il est ouvert toute l’année pour des excursions d’une journée et des séjours d’une nuit à trois niveaux de prix : camping, pavillon boutique et dômes luxueux pour observer le ciel.
MANGER ET BOIRE : Métis Crossing sert une cuisine d’inspiration autochtone dans son Bistro at the Lodge. Goûtez la bannique avec de la confiture de saison, la soupe de riz sauvage et les hamburgers de bison.
À DÉCOUVRIR : Empruntez la route qui part d’Edmonton et passe par le parc national Elk Island, première réserve faunique du Canada et seul parc national entièrement cloisonné. Fondé en 1906 comme réserve de wapitis, le parc est aujourd’hui connu pour son troupeau de 400 bisons des plaines et 300 bisons des bois.
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