Petite valise de pensionnat de Marcel Pititkwe

Ma petite valise de pensionnat témoigne du traumatisme infligé à des générations d'enfants autochtones.

Écrit par Anne Gael Weber

Mis en ligne le 4 juillet 2022

Cet objet-poème constitue un témoignage vibrant en faveur des 150 000 enfants arrachés de force à leur famille, séparés de leur communauté puis intégrés aux pensionnats autochtones. Ces vagues d’enlèvements ont été pratiquées jusque dans les années 1980.

Entre 1870 et 1997, les Églises chrétiennes et le gouvernement canadien gèrent de concert 139 établissements de ce type, dispersés à travers le pays. Les enfants devaient y adopter le christianisme et troquer leur langue maternelle pour le français ou l’anglais.

Ces enfants vivaient dans des conditions de vie épouvantables, qu’il s’agisse de malnutrition, d’absence de soins ou encore d’abus sexuels les plus ignobles. Créés au départ pour « tuer l’Indien dans l’enfant », ces établissements ont bien souvent « tué l’enfant ». En outre, il convient de rappeler les séquelles indélébiles infligées à des communautés entières qui se sont vues privées, du jour au lendemain, des voix et des rires de leurs enfants. En 2015, lors de la publication du rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, le gouvernement fédéral demande officiellement pardon pour ce génocide culturel.

L’œuvre, intitulée Ma petite valise de pensionnat, illustre les violents traumatismes subis par ces enfants. L’auteur, Marcel Pititkwe, jeune Atikamekw de Wemotaci, n’a que six ans quand il intègre le pensionnat d’Amos au Québec. Dans cette valise, sa mère emballe, avec tendresse, ses vêtements et ses jouets préférés fabriqués par son père. À peine arrivé au pensionnat, l’objet lui est immédiatement retiré : Marcel Pititkwe devient Petiquay.

L’enfant doit alors survivre à 12 années de sévices. Le poème ainsi que la valise évoquent son parcours personnel : d’une enfance baignée d’amour, en passant par la honte de soi, la dépendance et les pensées suicidaires, jusqu’à la guérison. Aujourd’hui, Marcel Pititkwe, à nouveau fier de sa culture, travaille activement à la réconciliation. La plume d’aigle (symbole de paix) qui rehausse la fin de son poème en représente la plus belle expression.

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Cet article est paru initialement en français, en 2022, dans un numéro spécial intitulé 50 Merveilles de nos musées.

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