Transcription Hans-Jürgen Lüsebrink
Je m'appelle Hans-Jürgen Lüsebrink. Je suis professeur senior d'études culturelles françaises et de communication interculturelle à l'université de la Sarre en Allemagne. Mon domaine de recherche concerne d'une part le 18e siècle et d'autre part les études littéraires, médiatiques et culturelles des pays francophones hors d'Europe en particulier du Québec. J'ai écrit avec ce livre la première biographie sur Paul-Marc Sauvalle, un journaliste et intellectuel de tout premier plan au Québec autour de 1900. Paul-Marc Sauvalle est né en France en 1857. Il a fait une carrière assez fulgurante d'abord comme officier dans la cavalerie en France.
Il a émigré par la suite d'abord aux États-Unis, au Texas et en Louisiane, et ensuite au Mexique où il a été expulsé à cause de son engagement politique. Et finalement, il a atterri en 1884 au Canada, à Montréal, où il a fait une fulgurante carrière comme journaliste dans la presse à Montréal dans différents organes de presse. C'est l’un des grands intellectuels et des grands journalistes libéraux au Québec à la fin du 19e siècle, au début du 20e siècle. C'est en même temps un précurseur du Québec moderne, un précurseur de la Révolution tranquille avec des idées qui sont toujours d'actualité. La défense de l'égalité des hommes et des femmes, la défense des droits des minorités, la défense du français au Canada, des idées aussi comme la laïcité, la séparation de l'Église et de l'État, la critique de la xénophobie et de la haine de l'autre.
Donc c'est quelqu'un qui m’a paru très intéressant comme personnage, mais très peu connu parce qu’il n’y a pas eu de biographie sur lui. Il y a eu quelques articles dont j'ai écrit moi-même l’un des deux qui sont parus. Dernière chose qui m'a paru importante dans la biographie de Sauvalle, c'est sa carrière transculturelle à travers trois pays et quatre cultures différentes et ses idées cosmopolites. Il a appelé l’un de ses livres Aventures cosmopolites : Mexique, Canada, Louisiane. Donc, ce sont ces deux idées-là de transculturalité et de cosmopolitisme qui me semblent importantes et d'actualité. Donc, c'est un intellectuel engagé et moi je voulais montrer la carrière d'un intellectuel, d'un écrivain et d'un journaliste engagé.
Quel est, quel peut être son rôle dans la société ? Quel peut être son impact sur l'évolution sociale et politique ? Ça, c'est une première grande idée que je voulais esquisser à travers cette trajectoire qui me paraît exemplaire. L'autre idée, c'est de montrer l'importance de la presse, de la presse à grande diffusion dans la diffusion des idées. Moi, j'ai rencontré, j'ai croisé Paul-Marc Sauvalle, en travaillant sur mon premier, sur l’un des premiers livres que j'ai publié au Québec qui s'appelait Le livre aimé du peuple : les almanachs québécois de 1777 à nos jours. Ce qui m'a attiré vers ce domaine-là, c'est d'abord l'interdisciplinarité. Moi, je suis historien, mais aussi spécialiste en études littéraires et j'ai toujours beaucoup apprécié le travail interdisciplinaire entre différentes disciplines, par exemple l'histoire littéraire, l'histoire médiatique, l'histoire culturelle.
Donc c'est ça qui m'a attiré vers ce domaine de recherche, vers ce personnage d'écrivain, de journaliste, mais aussi d'intellectuel que fut Paul-Marc Sauvalle, vers ce qui m'a attiré aussi, vers l'étude des almanachs qui sont des périodiques importants pour l’époque prémoderne, mais dans lesquels on trouve toutes sortes de textes. On trouve des textes politiques, des informations, on trouve des textes littéraires. Tous les grands écrivains québécois avant 1940 ont publié souvent en premier lieu et d'abord dans les almanachs. Donc c'est ça qui m'a attiré vers ce domaine connecté entre l'histoire littéraire, l'histoire culturelle et l'histoire médiatique.
J'aimerais d'abord dire en ce qui concerne les rapports entre l'histoire et le présent que l'histoire me semble très importante pour éclairer le présent. On ne peut pas comprendre les structures du présent, par exemple l'importance de la langue française au Québec, l'importance du débat autour de la laïcité au Québec, sans remonter dans l'histoire, sans remonter vers des débats qui ont eu lieu au 18e siècle, mais plus précisément et plus profondément autour de 1900. C'est là un moment crucial autour de 1900 où émergent de nouvelles idées de laïcité, de liberté des femmes et des hommes, d'égalité également.
Donc l'histoire éclaire le présent. Ça me semble très important. Pour ça, l'étude de l'histoire est capitale pour moi. L'autre aspect concerne la mise en relief par l'histoire des voies néfastes empruntées dans le passé, par des sociétés et des hommes. Je prends l'exemple de l'émergence du nationalisme, de l'impérialisme et de la xénophobie à la fin du 18e siècle et notamment au cours du 19e siècle qu'on appelle aussi le siècle des nationalismes et de l'impérialisme.
Donc l'histoire sert à montrer les voies néfastes qu'ont empruntées les sociétés, mais elle sert aussi en troisième point à montrer des modèles d'action, des modèles de résistance, des modèles d'engagement à travers des communautés, mais aussi à travers des réseaux et des hommes comme Paul-Marc Sauvalle qui était un intellectuel et un journaliste engagé, qui s'est battu pour ses idées, qui a souffert pour ces idées également, donc qui est en quelque sorte aussi un modèle pour le présent.
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