Guide de discussion : « Ouvrir la voie »

Cette activité explore l’organisation communautaire à travers le prisme de l’activisme de B. A. Husbands au sein des communautés noires de Halifax, en Nouvelle-Écosse.
Created by Canada's History Mis en ligne le 10 avril 2026

Note aux lecteurs

Les extraits et annotations présentés ci-dessous permettent aux enseignants de cibler certains passages de l’article « Ouvrir la voie » susceptibles d’être particulièrement enrichissants et adaptés au niveau scolaire de leurs élèves, tout en offrant un contexte historique essentiel. Ils demeurent toutefois libres de leur jugement pédagogique et peuvent choisir de proposer l’article dans son intégralité dans le cadre de l’activité.

Il est important que les élèves et les enseignants comprennent que l’article « Ouvrir la voie » contient un langage d’une autre époque qui est aujourd’hui considéré comme dépassé et reconnu comme raciste, discriminatoire, préjudiciable et/ou inapproprié. Bien que cette terminologie ne soit pas appropriée dans le contexte actuel, elle offre un aperçu important des expériences vécues, des normes sociales et des politiques de l’époque. Modifier ce langage altérerait l’information d’origine et la dissocierait de son contexte historique.

À propos de l’auteur : Gabriel M. Milhet

Gabriel M. Milhet est un écrivain néo-écossais d’origine africaine possédant une connaissance approfondie de l’histoire des Noirs au Canada. Il a participé à diverses activités de préservation historique axées sur l’histoire des Noirs dans le Canada atlantique. M. Milhet a estimé qu’il était important de raconter l’histoire de B.A. Husbands car :

« L'appel de Husbands reflète la frustration compréhensible de la communauté noire de l'époque, tout en remettant en cause, par des voies formelles, un système qui excluait systématiquement les citoyens noirs de la vie publique. Grâce à ce type de militantisme, Husbands et la Ligue ont jeté les bases des futures revendications en faveur du respect et de la dignité. »

DISCUSSION

Question fondamentale

Comment les membres d’une communauté peuvent-ils travailler ensemble pour défendre leurs droits et faire valoir leurs besoins?


Concepts de la pensée historique

Continuité et changement, causes et conséquences, pertinence historique

Questions de discussion

  • Quelles étaient les préoccupations de Husbands et de la communauté noire concernant leur vie à Halifax?
  • Quelle était l'importance de la Halifax Colored Citizens Improvement League? Comment cette ligue faisait-elle valoir les besoins de la communauté?
  • Quels ont été les résultats à court et à long terme des actions collectives de Husbands et des communautés noires? Dans quelle mesure les actions de Husbands ont-elles été efficaces pour apporter des changements?
  • Quels liens pouvez-vous établir entre cet article et vos propres communautés? Quelles sont les similitudes et les différences?
  • Quelles questions vous reste-t-il à poser? Quels points de vue n’ont pas été représentés? 

Activité

Introduisez le sujet en lançant une discussion en classe sur la communauté. Notez les idées des élèves sur une grande feuille de papier ou dans Google Slides. Invitez les élèves à présenter leurs contributions en utilisant les questions guides ci-dessous :

  • Qu’est-ce qu'une communauté?
  • De quels types de communautés faites-vous partie?
  • Que signifie faire partie d’une communauté? Comment agissez-vous en tant que membre d’une communauté?
  • Quels sont vos responsabilités et vos privilèges en tant que membre d’une communauté?
  • Avec qui formez-vous une communauté? Quels rôles les membres de la communauté jouent-ils? 

Répartissez la classe en petits groupes de 3 à 4 élèves. Demandez aux élèves de lire l’extrait de « Ouvrir la voie » de Gabriel M. Milhet. Demandez aux élèves de désigner un preneur de notes. Pendant la lecture, encouragez les élèves à prendre des notes sur les mots ou expressions qu’ils ne connaissent pas.

Demandez aux élèves de réfléchir aux questions de discussion ci-dessous. Attribuez à chaque groupe une question de discussion sur laquelle se concentrer :

  • Quelles étaient les préoccupations de Husbands et de la communauté noire concernant leur vie à Halifax?
  • Quelle était l'importance de la Halifax Colored Citizens Improvement League? Comment cette ligue faisait-elle valoir les besoins de la communauté?
  • Quels ont été les résultats des actions collectives de Husbands et des communautés noires?
  • Quels liens pouvez-vous établir entre cet article et vos propres communautés? Quelles sont les similitudes et les différences?
  • Quelles questions vous reste-t-il à poser? Quels points de vue n’ont pas été représentés?

Après la lecture, demandez aux élèves de présenter leurs réponses aux questions de discussion au sein de leurs petits groupes. Réunissez toute la classe. Créez une « banque de mots » regroupant les expressions ou les termes que les élèves ne connaissaient pas afin de les étudier dans le cadre d’un autre exercice. Demandez à chaque groupe de présenter à la classe ses réponses à l'une des cinq questions de discussion. 

Réflexion

Les élèves rédigent un paragraphe ou créent une courte vidéo/un enregistrement audio en réponse à la question fondamentale : Comment les membres d’une communauté peuvent-ils travailler ensemble pour faire valoir leurs besoins? Il faut encourager les élèves à établir des liens entre l’article et leurs communautés/expériences.

Enrichissement / lectures complémentaires

À l’aide de la « banque de mots » que vous avez constituée avec la classe, choisissez des mots ou des expressions que vous aimeriez approfondir ensemble. L’exploration peut consister à rechercher des termes inconnus ou à étudier des expressions clés sur lesquelles la classe souhaite en savoir plus, en s’appuyant sur le contexte historique.

Ressource supplémentaire

L'Encyclopédie canadienne — B.A. Husbands

ARTICLE ET Extraits

Ouvrir la voie

Plusieurs décennies avant le mouvement des droits civiques, B.A. Husbands défendait l’égalité raciale pour la communauté noire de Nouvelle-Écosse.

EXTRAIT I

L’homme noir en question, Beresford Augustus (plus connu sous le nom de B.A.) Husbands, est un expatrié barbadien qui a passé près de sept décennies à dénoncer officiellement les nombreuses injustices subies par les Noirs de la Nouvelle-Écosse. Avant l’essor du célèbre mouvement pour les droits civiques au Canada, souvent associé aux années 1950 et 1960, Husbands dirigeait la HCCIL. Fondée en juin 1930, cette ligue était conçue comme une « organisation visant à promouvoir les intérêts des Canadiens de couleur » et se consacrait « au bien-être des enfants de couleur défavorisés ». Dans le but d’unir la communauté noire autour d’objectifs sociaux et politiques communs, la ligue militera avec beaucoup de succès pour améliorer les possibilités d’emploi, d’éducation et de formation professionnelle des Noirs de la Nouvelle-Écosse.

Husbands est l’homme du moment. Arrivé à Halifax au début du siècle, il s’intègre à la communauté afro-néo-écossaise, fréquente l’école Joseph Howe et épouse Iris Lucas, originaire de Lucasville, une ville voisine, en 1903. Il travaille pour H.R. Silver, un riche marchand, avant de rejoindre l’InterColonial Railway en tant que porteur. En 1930, Husbands a déjà créé plusieurs entreprises : une agence de publicité, un magasin de détail, une agence d’emploi, une société d’importation de produits antillais et une grande entreprise immobilière.

ANNOTATION I

B.A. Husbands était président de la Halifax Colored Citizens Improvement League (ligue pour l’amélioration des conditions de vie des citoyens de couleur de Halifax) (HCCIL). À l’époque, les personnes noires ou d’origine africaine étaient désignées par le terme « colored ». Cette terminologie serait aujourd’hui jugée offensante et préjudiciable.

EXTRAIT II

Il a également été membre fondateur du conseil exécutif du chapitre de Halifax de l’Universal Negro Improvement Association et président du conseil d’administration de l’African Methodist Episcopal Zion Church. Tout au long de sa carrière, Husbands mettra à profit sa position unique entre deux mondes pour promouvoir le progrès collectif des Noirs.

Aujourd’hui, peu de gens se souviennent du nom de Husbands, et encore moins du rôle crucial que sa ligue a joué dans la vie civique des Noirs à Halifax. Cependant, de 1930 jusqu’à sa mort en 1968, Husbands a toujours œuvré à paver la voie vers l’autodétermination de sa communauté.

ANNOTATION II

La Universal Negro Improvement Association (association universelle pour l’avancement des Noirs) était une organisation internationale fondée par Marcus Garvey, un militant jamaïcain engagé dans la libération des Noirs. À cette époque, le terme « negro » était utilisé pour désigner les personnes d’ascendance africaine, bien qu’il s’agisse d’un mot discriminatoire dans le contexte actuel.

EXTRAIT III

...les habitants d’Africville, une communauté noire très soudée de Halifax longtemps privée de services de base tels que l’eau courante, les égouts et des routes pavées, lancent une pétition pour faire installer des lampadaires. Bien qu’elle ait été signée par de nombreux membres de la communauté, la pétition reste ignorée tant par le comité des travaux publics que par l’ingénieur municipal. Refusant d’être écartée, la communauté forme une délégation menée par Husbands qui portera la pétition directement devant le conseiller municipal Walter O’Toole; ce dernier leur promet son soutien. Le duo rencontrera ensuite l’ingénieur municipal qui, selon l’Evening Mail, accueillera favorablement la demande des villageois.

La ligue et la lutte pour l’égalité 

Le United Club donnera naissance au HCCIL, officiellement créé dans les locaux de la Chambre de commerce de Halifax en juin 1930. Plus qu’une simple organisation à but non lucratif, il devient, sous la direction de Husbands, la première expérience durable de politique civique noire en Nouvelle-Écosse.

Dans son livre The Nova Scotia Black Experience Through the Centuries, qui retrace de manière exhaustive la présence des Noirs dans la province, l’historien local Bridglal Pachai décrit Husbands comme « le père de la politique noire naissante en Nouvelle-Écosse », soulignant qu’avant 1938, aucun autre leader laïc ne s’était distingué. Au cours de ces premières années, la ligue et son président sont pratiquement synonymes, « comme une sorte de one-man-show ». Grâce à Husbands, la ligue poursuit son objectif d’égalité sous la forme d’une série de revendications concrètes : reconnaissance culturelle, égalité d’accès aux possibilités professionnelles et éducatives, et droit de vivre dans la dignité.

ANNOTATION III

Au cours du XXe siècle, les Noirs de Nouvelle-Écosse étaient traités injustement. Ils n’avaient pas accès aux mêmes ressources, à la même éducation et aux mêmes possibilités que leurs homologues blancs. Certains lieux étaient ségrégués, c’est-à-dire spécifiquement réservés aux Blancs. Nous explorerons la communauté d’Africville et le militantisme de Viola Desmond pour jeter un autre éclairage historique sur ce qu’était la vie des Noirs de la Nouvelle-Écosse à l’époque.


Les Noirs vivaient dans des communautés, comme Africville, où leurs besoins fondamentaux, tels que l’électricité ou l’eau courante, n’étaient pas satisfaits. Les habitants d’Africville ont milité pour de meilleures conditions de vie, mais la ville d’Halifax les a ignorés. Africville a été détruite par la ville d’Halifax à la fin des années 1960 pour faire place à d’autres projets immobiliers, et ses habitants ont été contraints de déménager. Vous en apprendrez plus sur Africville dans l’épisode de Parcelles d’histoire intitulé « Se souvenir d’Africville. »


Halifax n’était pas la seule ville de Nouvelle-Écosse où les Noirs étaient confrontés au racisme et à l’injustice. En 1946, Viola Desmond se présenta dans un cinéma de New Glasgow, en Nouvelle-Écosse. Conformément à la politique du cinéma, les Noirs devaient s’asseoir au balcon. Elle acheta un billet et s’installa au rez-de-chaussée, ignorant que le cinéma réservait cet espace aux Blancs uniquement. Lorsqu’elle refusa de quitter son siège au rez-de-chaussée et d’échanger son billet contre un billet pour le balcon, elle fut expulsée de force du cinéma et arrêtée. Elle sera accusée de fraude fiscale pour ne pas avoir payé la taxe sur le billet du rez-de-chaussée.


Même si Viola Desmond a perdu son procès contre cette injustice, cet événement a marqué un tournant décisif dans la lutte contre la ségrégation raciale. La ségrégation raciale dressait des barrières pour les personnes noires, car elle les empêchait d’accéder aux mêmes écoles, aux mêmes magasins ou aux mêmes possibilités que les Blancs. Vous en apprendrez davantage en regardant la vidéo « Viola Desmond : une justicière improbable. »


À cette époque, le combat de B.A. Husbands était révolutionnaire : en effet, ce dernier a mis à profit ses fonctions de dirigeant pour mobiliser la communauté noire afin qu’elle se batte pour ses droits et pour lancer des initiatives locales à Halifax visant à soutenir ce combat.

EXTRAIT IV

Pour atteindre ces objectifs, la ligue regroupe ses membres en sous-comités et en groupes de travail — notamment le Halifax North Cultural and Recreation Youth Centre, le Colored Men’s Conservative Social and Athletic Club, le comité auxiliaire féminin et le comité des loisirs et des divertissements — ce qui permet aux membres de la direction de mieux défendre les intérêts de la communauté noire locale. Profondément préoccupé par le taux de chômage élevé chez les jeunes Noirs et par leur sous-représentation dans la gouvernance de la ville, par exemple, Husbands écrit au conseil municipal pour critiquer l’absence de débouchés, en utilisant son titre de président du Colored Men’s Conservative Social and Athletic Club : « Je tiens à attirer votre attention sur le fait qu’il n’y a aucun représentant de couleur dans aucun des services municipaux locaux. Notre communauté compte de nombreuses personnes qui ont récemment obtenu leur diplôme d’études secondaires avec mention et qui souhaitent trouver un emploi. Leurs efforts en ce sens ont été vains. Nous estimons que lorsque des postes se libèrent à la mairie ou dans d’autres services municipaux, nos concitoyens devraient avoir la possibilité de postuler, et nous espérons que notre demande sera examinée avec la plus grande attention. Nos jeunes ne veulent pas continuer à vivre de l’aide sociale. Ils veulent travailler. »

ANNOTATION IV

Le Colored Men’s Conservative Social and Athletic Club (club athlétique et social conservateur des hommes de couleur) offrait aux hommes noirs un lieu où se réunir autour d’intérêts communs et participer à la défense de leurs droits sociaux. À l’époque, les personnes noires ou d’origine africaine étaient désignées par le terme « colored ». Cette terminologie serait aujourd’hui jugée offensante et préjudiciable.

EXTRAIT V

Après ces premières actions, Husbands et la ligue continuent à insister sur l’importance de l’éducation des Noirs dans toute la province. Suite à la réunion des membres de la ligue à Gerrish Street pour dénoncer les images racistes de Little Black Sambo, Husbands offre son soutien inconditionnel à Pearleen Oliver dans sa campagne pour mettre fin à la ségrégation dans la profession d’infirmière. Il aligne l’objectif de la ligue sur celui d’Oliver pour favoriser l’égalité d’accès à la formation professionnelle pour les Noirs. Deux mois plus tard seulement, leurs pressions mènent à des changements : le premier ministre MacMillan s’engage à retirer cette histoire des prochaines versions du programme scolaire, et deux femmes noires, Ruth Bailey et Gwennyth Barton, seront admises pour la première fois dans un programme canadien de formation en soins infirmiers.

ANNOTATION V

À l’époque, les Noirs de Halifax étaient confrontés à des obstacles systémiques et à des inégalités au sein du système scolaire. The Story of Little Black Sambo était un livre de contes destiné à tous les élèves de 2e année à Halifax. L’histoire avait été écrite pour amuser les lecteurs blancs et comportait toute une série de clichés racistes qui ne présentaient pas les Noirs sous un jour favorable.


Pearleen Oliver était une dirigeante religieuse et une militante communautaire qui a fondé la Nova Scotia Association for the Advancement of Coloured People (association de la Nouvelle-Écosse pour l’avancement des personnes de couleur). En janvier 1944, elle prendra la parole au Gerrish Street Hall, dans le quartier North End de Halifax, pour dénoncer l’utilisation du livre The Story of Little Black Sambo dans les écoles. Elle livrera également un âpre combat pour mettre fin aux politiques d’exclusion qui empêchaient les personnes noires d’accéder aux écoles de soins infirmiers. Son combat jouera un rôle déterminant dans la déségrégation des écoles de soins infirmiers en Nouvelle-Écosse.

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