Grandes femmes du Canada

Dans un monde idéal, les trente femmes figurant sur cette liste seraient connues de tous, mais les manuels d’histoire ont trop longtemps mis l’accent sur les grands hommes.

Écrit par Histoire Canada

12 janvier 2016

Les femmes du Manitoba, de la Saskatchewan et de l’Alberta ont obtenu le droit de voter en 1916 et la Société Histoire Canada a donc décidé de marquer le centenaire de cet événement en célébrant les grandes femmes de notre passé.

Afin d’établir notre liste, nous avons fait appel à plusieurs sommités canadiennes, soit l’ancienne gouverneure générale, Adrienne Clarkson, l’auteure à succès Charlotte Gray, les historiennes Michèle Dagenais (Université de Montréal), Tina Loo (Université de la Colombie-Britannique) et Joan Sangster (Université Trent), et l’auteure et professeure d’anglais Aritha van Herk (Université de Calgary).

C’était un défi de taille qui les attendait car, en effet, comment évaluer la « grandeur » ? Les trente noms choisis ne constituent pas une liste définitive; certains de ces noms vous seront familiers, d’autres inconnus. Mais chacune de ces grandes femmes a joué un rôle constructif dans l’histoire du Canada.

Doris Anderson (1921–2007)

Éditrice d’un magazine et championne du mouvement des femmes. Doris Anderson a longtemps été l’éditrice du magazine Chatelaine et chroniqueuse. Au cours des années 1960, elle a exercé des pressions en faveur de la création de la Commission royale sur le statut de la femme, qui a pavé la voie vers d’importantes percées en matière d’égalité des sexes. C’est grâce à elle que les femmes obtiennent les mêmes droits que les hommes dans la Charte des droits et libertés. Elle a écrit de nombreux ouvrages, notamment trois romans et une autobiographie, Rebel Daughter, et a été présidente du Comité canadien d’action sur le statut de la femme. Mme Anderson a également obtenu l’Ordre du Canada et a été lauréate d’un Prix Persons Case, en plus de recevoir plusieurs diplômes honorifiques. Photo: Barbara Woodley; courtesy of Library and Archives Canada/1993-234 NPC. 

Kenojuak Ashevak (1927–2013)

Grande artiste inuite. Née dans un igloo sur la côte sud de l’île de Baffin, Kenojuak Ashevak débute sa carrière d’artiste en 1958, lorsqu’un administrateur du gouvernement découvre son talent. Elle devient rapidement un modèle pour de nombreuses autres femmes inuites, qui se feront également connaître. Parmi ses œuvres les mieux connues, notons The Enchanted Owl, créée pour la collection de Cape Dorset en 1960; l’œuvre sera reproduite sur un timbre en 1970 pour marquer le centenaire des Territoires du Nord-Ouest et deviendra une pièce incontournable. Kenojuak Ashevak vivra la majeure partie de sa vie à Cape Dorset, où elle a eu de nombreux enfants et petits-enfants. Chaleureuse et réfléchie, elle reste une inspiration et un mentor pour de nombreux artistes inuits de deuxième et troisième génération. Photo: Ansgar Walk 

Emily Carr (1871–1945)

Femme de la côte Ouest qualifiée de « Van Gogh du Canada ». Née à Victoria, Emily Carr grandit dans un milieu assez défavorisé. Elle étudie les arts à San Francisco, Londres et Paris, le financement de ses études étant un combat de tous les jours. Elle revient au pays en 1911, nourrie par le nouveau style moderne, et applique ses talents à ses thèmes favoris : les forêts humides de la côte Ouest et les villages et artefacts autochtones. Cependant, les critiques et les acheteurs canadiens ne sont pas prêts pour son œuvre et elle abandonnera la peinture pendant quinze ans. Ce n’est qu’après l’exposition organisée à la National Gallery en 1927 sur l’art de la côte Ouest qu’elle est reconnue à sa juste valeur. Au moment de sa mort, elle jouit d’une reconnaissance mondiale qui ne se dément pas, encore aujourd’hui. 

Mary Shadd Cary (1823–1893)

Première femme noire rédactrice en chef d’un journal en Amérique du Nord. Mary Ann Shadd a défendu sans relâche l’éducation universelle, l’émancipation des Noirs et les droits des femmes. Née au Delaware, Mme Shadd s’installe à Windsor dans l’ouest du Canada (aujourd’hui l’Ontario) pour enseigner, en 1851. Elle fonde le Provincial Freeman, dédié à l’abolitionnisme, à la tempérance et aux droits politiques des femmes. Pendant la guerre civile américaine, elle retourne aux États-Unis pour recruter des soldats afro-américains pour l’armée de l’Union. Après la guerre, elle déménage à Washington, D.C., pour enseigner et étudier le droit, et deviendra, à soixante ans, la deuxième femme noire aux États-Unis à obtenir un diplôme en droit. En 1994, Mme Shadd Cary est désignée Personne d’importance historique nationale au Canada.

Thérèse Casgrain (1896–1981)

Activiste, animatrice à la radio et leader politique. Malgré une jeunesse passée dans un milieu riche et privilégié, Thérèse Casgrain juge que la vie doit être juste pour tous. Elle aide à fonder le Comité provincial du suffrage féminin en 1921 et animera plus tard une émission de radio fort populaire, appelée Fémina, à Radio-Canada. Dans les années 1940, elle devient la première femme leader d’un parti politique au Canada, le parti Co-operative Commonwealth Federation (CCF) aux tendances socialisantes. Au début des années 1960, elle fonde la branche québécoise du mouvement des femmes contre la menace nucléaire pendant la Guerre froide. Plus tard, elle devient présidente pour le Québec de l’Association des consommateurs du Canada. Thérèse Casgrain a beaucoup fait pour améliorer la vie des femmes canadiennes. Photo: Archives nationales du Québec.

Ga’axstal’as, Jane Constance Cook (1870–1951)

Chef Kwakwaka’wakw, médiatrice culturelle et activiste. Née sur l’île de Vancouver, Ga’axstal’as, Jane Constance Cook, est la fille d’une femme de la noblesse Kwakwaka'wakw et d’un commerçant de fourrure blanc. Élevée par un couple de missionnaires, elle était très cultivée et a acquis une excellente connaissance des deux cultures et de leurs systèmes judiciaires respectifs. Alors que les nations de la côte Ouest sont de plus en plus assujetties au joug du colonialisme, Jane Constance Cook défend les droits d’accès aux terres et aux ressources des Premières nations. Elle témoigna lors de la Commission royale McKenna-McBride de 1914 et fut la seule femme du comité exécutif des Allied Indian Tribes of British Columbia en 1922. Toujours prête à défendre les femmes et les enfants, elle a également été sage-femme et guérisseuse, et a élevé 16 enfants.

Viola Desmond (1914–1965)

Elle a contesté les pratiques ségrégationnistes en Nouvelle-Écosse. Bien avant le mouvement moderne des droits civils aux États-Unis, une femme noire de Halifax défendra l’égalité raciale dans un cinéma d’une région rurale de la Nouvelle-Écosse. En 1946, Viola Desmond, une coiffeuse, crée tout un émoi en refusant de s’installer dans une section du cinéma officieusement réservé aux personnes de race noire. Elle est traînée hors des lieux et emprisonnée. Même si les représentants de l’ordre refusent d’admettre qu’il s’agit d’une question raciale, son cas polarise la population noire de la Nouvelle-Écosse et l’incite à lutter pour le changement. En 1954, la ségrégation devient officiellement interdite en Nouvelle-Écosse. Photo: Public domain.

Mary Two–Axe Earley (1911–1996)

Elle contesta des lois discriminatoires contre les femmes des Premières nations. Mary Two-Axe Earley devient activiste à l’âge de 55 ans, malgré la forte opposition des membres de sa propre communauté. Ses efforts permettront d’améliorer les vies de milliers de femmes autochtones et de leurs enfants. Née sur le territoire mohawk de Kahnawake, près de Montréal, Mary Two-Axe Earley a déménagé à Brooklyn, épousé un Américain d’origine irlandaise et a eu deux enfants. Elle deviendra veuve quelque temps plus tard. Comme elle avait perdu son statut d’Indien en épousant un non-Autochtone, elle ne pouvait plus retourner sur la réserve. Pendant plus de vingt ans, Mme Two-Axe Earley a exercé des pressions pour faire renverser cette loi discriminatoire. En 1985, elle obtient gain de cause. Sa ténacité bénéficiera à 16 000 femmes et à 46 000 de leurs descendants de première génération. Photo: CP/Toronto Star.

Marcelle Ferron (1924–2001)

Peintre et artisane vitrailliste québécoise. Marcelle Ferron est la seule femme artiste à avoir signé le Refus Global, manifeste du groupe Les Automatistes, en 1948. Ses œuvres ont fait partie de toutes les grandes expositions des Automatistes. Sa technique devient avec le temps de plus en plus brutale; elle emploie des couleurs vives et réalise des œuvres très texturées. Marcelle Ferron abandonne la peinture pour s’adonner au vitrail après 1964. Ses œuvres de vitrail les plus connues sont celles des stations de métro Champ-de-Mars et Vendôme à Montréal, qui ont été installées en 1968. Le chef d’œuvre du métro Champ-de-Mars mesure soixante mètres de longueur et neuf mètres de hauteur, et baigne toute la station d’une lumière vive et colorée. Madeleine Ferron a également été professeure adjointe à l’Université Laval à Québec et a été nommée Grand officier de l’Ordre national du Québec en 2000. Photo: Copyright Pierre Longtin.

Hannah (Annie) Gale (1876–1970)

Première femme échevine de l’Empire britannique. Lorsqu’Annie Gale et son mari, William, quittent l’Angleterre pour Calgary en 1912, elle est horrifiée par les coûts faramineux du logement et de la nourriture. Déterminée à changer la situation, elle participe à l’établissement d’une ligue des consommateurs locale. Mme Gale, qui s’est toujours portée à la défense des travailleurs et des femmes, contribuera à l’organisation de la Women’s Ratepayers’ Association. Ce sont d’ailleurs les femmes de ce groupe qui la poussèrent à se présenter au conseil municipal en 1917. Hannah Gale remporte un siège et devient la première femme élue à une charge municipale au sein de l’Empire britannique. Elle brise également de nouvelles règles en agissant à titre de maire intérimaire dans le cadre de son mandat. L’approche non partisane de Mme Gale a inspiré d’autres réformateurs, dont Nellie McClung.

Anne Hébert (1916–2000)

Une auteure dont l’œuvre est reconnue dans toute la francophonie. Anne Hébert a remporté tous les grands prix littéraires en France et en Belgique, ainsi que le Prix du Gouverneur général pour une œuvre de fiction à trois reprises. Elle a écrit des poèmes, des histoires, des nouvelles et des pièces de théâtre qui illustrent le tumulte des émotions humaines dans le contexte historique québécois. Anne Hébert a commencé à écrire très tôt et a travaillé pour l’Office national du film et Radio-Canada de 1950 à 1954. Elle est ensuite partie pour Paris, où elle est demeurée jusqu’à la fin de ses jours. Le thème d’une société conquise qui lutte pour se libérer et surmonter les obstacles alimente la trentaine d’ouvrages qu’on lui doit. Photo: lapresse.ca.

Adelaide Hoodless (1857–1910)

Réformatrice du domaine de l’éducation et fondatrice de l’Institut féminin. Adelaide Hoodless a commencé sa carrière publique après la mort de son très jeune fils, qui avait consommé du lait contaminé. La tragédie la pousse à s’assurer que davantage de femmes soient éduquées dans le domaine des sciences domestiques et elle exerce des pressions pour que des cours d’économie domestique soient offerts dans les écoles publiques de l’Ontario. Elle a également joué un rôle prépondérant dans la création de trois facultés des sciences ménagères. En collaboration avec Lady Aberdeen, la femme du gouverneur général, elle fondera le Conseil national des femmes, les Infirmières de l’Ordre de Victoria et la Young Women’s Christian Association (YWCA). Photo: Wikipedia.

Pauline Johnson (1861–1913)

Poète et conférencière. Pauline Johnson (Tekahionwake) est reconnue pour ses poèmes sur le patrimoine autochtone. Fille de George Johnson, un chef mohawk, Pauline Johnson crée des contes sur les femmes et enfants autochtones campés dans des décors idéalistes, mais plus réalistes que ceux écrits par ses contemporains. Certaines de ses œuvres se retrouvent dans Songs of the Great Dominion (1884) par W.D. Lighthall, la première anthologie à inclure des poèmes d’auteurs canadiens-français et autochtones. Pauline Johnson traversera le Canada, les États-Unis et l’Angleterre pour faire découvrir ses poèmes. Ses odes patriotiques et ses nouvelles en feront une ambassadrice appréciée des Canadiens. Photo: Bibliothèque et Archives Canada.

Marie Lacoste Gérin-Lajoie (1867–1945)

Féministe, réformatrice sociale, conférencière, éducatrice et auteure. Marie Lacoste fut, dès son jeune âge, confrontée aux iniquités dont les femmes étaient victimes. Elle était très intelligente, mais a dû s’éduquer seule, en consultant les ouvrages de son père, car les universités francophones du Québec étaient alors interdites aux femmes. En 1908, elle contribue à la création d’une école pour filles qui permet à de jeunes femmes de poursuivre leurs études. Elle est un des moteurs de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, une organisation féministe francophone qui se porte à la défense de l’éducation, de l’équité, du droit de vote des femmes et d’autres causes sociales. Son travail a ouvert la voie au mouvement féministe québécois pendant la Révolution tranquille. Photo: Centre d'archives de Montréal.

Margaret Laurence (1926–1987)

Une des grandes femmes de la littérature canadienne. Née à Neepawa, au Manitoba, Margaret Laurence obtient son diplôme du United College (aujourd’hui l’Université de Winnipeg) et vit en Afrique avec son mari pendant plusieurs années. Ses premiers romans racontent son expérience dans ce pays, mais l’ouvrage qui l’a rendue célèbre, The Stone Angel, se déroule dans une petite ville du Manitoba, à l’image de celle où elle a grandi. Son œuvre présente une perspective féminine de la vie contemporaine à une époque où les femmes se libèrent de leurs rôles traditionnels. Mme Laurence a également joué un rôle actif dans la promotion de la paix grâce au Project Ploughshares et a été récipiendaire de l’Ordre du Canada.

Agnes Macphail (1890–1954)

Première femme élue à la Chambre des communes. Agnes Macphail est née dans une région rurale de l’Ontario. Alors qu’elle n’était qu’une jeune enseignante, elle a commencé à s’intéresser à divers mouvements politiques progressistes, dont le United Farm Women of Ontario. Elle est également devenue chroniqueuse pour un journal. Elle a été élue à la Chambre des communes à titre de députée du Parti progressiste du Canada en 1921. Mme Macphail défendait notamment des dossiers touchant les régions rurales, les pensions pour les aînés, les droits des travailleurs et le pacifisme. Elle a aussi exercé des pressions en faveur d’une réforme du droit pénal et a créé la Elizabeth Fry Society of Canada. Elle a plus tard été élue à l’Assemblée législative de l’Ontario, où elle a formulé la première loi sur l’égalité salariale de l’Ontario, en 1951.

Julia Verlyn LaMarsh (1924–1980)

Auteure, avocate, animatrice, romancière et politicienne canadienne. En 1963, Julia « Judy » LaMarsh devient la deuxième femme membre du Cabinet à la Chambre des communes, sous le gouvernement du premier ministre Lester Pearson, à titre de ministre de la Santé nationale et du Bien-être social et de ministre du Sport amateur, de 1963 à 1965. C’est à cette époque que le Régime de pensions du Canada a été instauré et que le régime d’assurance maladie canadien a été élaboré. Mme LaMarsh a été secrétaire d’État de 1965 à 1968, fonction qui l’a amenée à superviser les célébrations du centenaire, à instaurer la nouvelle Loi sur la radiodiffusion, qui a établi les bases des politiques actuelles dans ce domaine, et à créer la Commission royale d’enquête sur la situation de la femme au Canada. Photo: Copyright Health and Welfare Canada.

Nellie McClung (1873–1951)

Romancière, réformatrice, journaliste et suffragette. Nellie McClung a dirigé la lutte pour les droits des femmes nord-américaines. Grâce à ses efforts, le Manitoba devient la première province à accorder le droit de vote aux femmes en 1916, suivi par l’Alberta et la Saskatchewan. Après son installation en Alberta, elle est élue à l’Assemblée législative de la province en tant que députée libérale d’Edmonton en 1921. Nellie McClung a souvent travaillé avec Irene Parlby du parti au pouvoir, le United Farmers of Alberta, sur des dossiers qui touchent les femmes et les enfants. Les deux ont été membres des Célèbres cinq. Nellie McClung a également été la première directrice du conseil des gouverneurs de la CBC et été choisie comme déléguée aux Nations Unies à Genève en 1938. 

Lucy Maud Montgomery (1874–1942)

Une auteure dont l’œuvre demeure inoubliable. Lucy Maud Montgomery est reconnue pour avoir créé le personnage d’« Anne », l’orpheline aux cheveux roux de Anne of Green Gables (Anne aux pignons verts). Publié en 1908, le livre a fait connaître l’Île-du-Prince-Édouard partout dans le monde. Mme Montgomery a eu une carrière littéraire prolifique, publiant 20 romans, plus de 530 nouvelles, 500 poèmes et 30 essais. Élevée par des grands-parents très stricts, elle était une enfant solitaire et isolée, mais pourvue d’une imagination débordante. Plus tard, elle déménage en Ontario, où elle combat la mélancolie religieuse de son mari, tout en surmontant les difficultés d’être à la fois épouse, mère et maîtresse de maison. En plus de lutter contre sa propre maladie, elle intentera également des poursuites contre son éditeur. Longtemps après son décès, le legs de Mme Montgomery demeure bien vivant grâce à la popularité d’Anne, un personnage coloré dont la simple évocation suffit à le faire apparaître à notre esprit.

Angelina Napolitano (1882–1932)

A porté la violence domestique à l’attention du public. On connaît peu de choses sur la vie tragique d’Angelina Napolitano, hors du fait qu’elle était une immigrante italienne qui, en 1911, a tué son mari violent avec une hache pendant son sommeil. Elle est accusée de meurtre et condamnée à la pendaison. Comme la violence domestique ne pouvait pas être invoquée comme défense, l’affaire a suscité un immense débat et généré un véritable déferlement de pétitions exigeant qu’elle soit épargnée. Son cas porte la défense « des femmes battues » à l’avant-plan et met en lumière les iniquités de la loi. Le 14 juillet 1911, le cabinet fédéral transforme sa peine en emprisonnement à vie. Elle obtient une liberté conditionnelle en 1922 et meurt en 1932. Photo: Lina Giornofelice pictured as the lead character, Angelina Napolitano in the 2005 movie, Looking for Angelina. 

Nahnebahwequay, Catherine Sutton (1824–1870?)

Missionnaire chrétienne et porte-parole du peuple Ojibway. Nahnebahwequay, également connue sous le nom de Catherine Sutton, s’est élevée contre le ministère des Affaires indiennes, en 1857, qui interdisait aux peuples des Premières nations d’acheter des terres qu’ils avaient eux-mêmes cédées. Elle s’est rendue en Angleterre pour présenter sa cause devant le secrétaire des colonies et la Couronne britannique. Un groupe de Quakers de New York finança son voyage et lui remit une lettre d’introduction afin de rencontrer la reine Victoria, ce qu’elle fit le 19 juin 1860. Son intervention auprès du gouvernement britannique lui permit, à elle et à son mari, William, de racheter leurs terres, mais les autres familles des Premières nations n’eurent pas droit au même traitement. À son retour au Canada, elle continua de se porter à la défense des droits des Autochtones. Photo: Copyright Grey Roots Museum, Owen Sound.

Madeleine Parent (1918–2012)

Syndicaliste et activiste sociale. Madeleine Parent fut reconnue tard dans sa vie pour son activisme infatigable auprès des travailleurs, des femmes et des minorités. Mais dans sa jeunesse, elle était qualifiée de femme dangereuse et de traîtresse « séditieuse ». Dans les années 1940, Madeleine Parent organise en syndicat les travailleurs des grandes usines de textiles du Québec. Elle sera accusée, et plus tard acquittée, de conspiration séditieuse. Des années 1950 à 1970, elle dirige le Syndicat canadien des travailleurs du textile et de la chimie et déclenche de grandes luttes historiques pour les droits des travailleurs. Vers la fin des années 1980, Madeleine Parent continue de s’exprimer sur un vaste éventail d’enjeux de justice sociale. Ses idées radicales et de gauche définissent non seulement son personnage, mais également l’héritage qu’elle laissera à la société canadienne. 

Gabrielle Roy (1909–1983)

Auteure francophone qui a donné au Canada l’un des romans les plus remarquables du vingtième siècle. Gabrielle Roy décrit la misère et l’espoir, la famille et l’isolement, et les tumultes de l’amour. Née à St. Boniface, au Manitoba, en 1909, Mme Roy est la plus jeune de onze enfants issus d’une famille pauvre de moyens, mais riche en histoires. Malgré les difficultés, elle parvient à financer son voyage en Europe en 1937. C’est là qu’elle commence à écrire. Elle revient au Canada en 1939 et publie son premier roman, Bonheur d’occasion, en 1945. Le roman remporte le Prix Fémina en France et sa traduction en anglais, The Tin Flute, le Prix du Gouverneur général du Canada. Elle gagnera deux autres prix du Gouverneur général, ainsi que de nombreux autres prix littéraires.

Charlotte Small (1785–1857)

Épouse de l’explorateur David Thompson et interprète. Charlotte Small est née à l’Île-à-la-Crosse, un poste de traite qui se trouve dans ce qui est aujourd’hui le nord de la Saskatchewan. Elle est la fille d’une femme crie et d’un commerçant de fourrure blanc de la Compagnie du Nord-Ouest. Élevée dans la communauté de sa mère, sa connaissance de l’anglais et du cri en fait la compagne idéale pour David Thompson. Mariée dès l’âge de 13 ans à David Thompson, qui en avait 29, Charlotte Small accompagnera l’explorateur tout au long de ses voyages visant à cartographier la majeure partie de l’Ouest du Canada, couvrant ainsi quelque 20 000 kilomètres. Thompson admet que sa « charmante épouse » et sa connaissance du cri « me procurent de grands avantages ». Leur relation étroite et empreinte d’affection a duré 58 ans et ils eurent 13 enfants. Photo: As depicted on the cover of Woman of the Paddle Song written by Elizabeth Clutton-Brock.

Eileen Tallman Sufrin (1941–1985)

Elle a organisé en syndicat les cols blancs et les employés de banque du Canada. Eileen Sufrin a mené la première grève des employés de banque à Montréal, en 1941. Cependant, sa plus grande bataille, et le fait saillant de sa carrière, fut sa tentative de syndicalisation des employés du magasin Eaton, le plus important grand magasin du Canada à l’époque. Des 30 000 travailleurs d’Eaton à travers le Canada, Mme Sufrin et son équipe réussirent à en syndicaliser 9 000 entre 1948 et 1952. Malgré ce résultat plutôt faible, pendant cette même période, la compagnie augmenta les salaires et pensions de ses employés, et améliora leur qualité de vie au travail, un exploit dont Mme Sufrin tire une grande fierté. Elle a obtenu la médaille du Gouverneur général en 1979 et figure parmi les sept femmes canadiennes honorées lors du 50e anniversaire de l’affaire « personne ».

Kateri Tekakwitha (1656–1680)

La première sainte autochtone d’Amérique du Nord. L’histoire de Kateri Tekakwitha en est une de résilience face aux incursions colonialistes, mais également de volonté, puisqu’elle n’a jamais renié ses traditions et valeurs, malgré sa conversion au catholicisme. Née en 1654 près du lieu aujourd’hui appelé Auriesville, à New York, Kateri Tekakwitha devient orpheline dès l’âge de quatre ans. À dix-neuf ans, elle se rend à la mission catholique de Kahnawake près de Montréal, où elle se lie avec un groupe de femmes dévotes. Elle consacrera le reste de sa vie à la prière, à la pénitence et aux soins aux personnes âgées et malades. Des miracles lui sont attribués peu après sa mort et sa sépulture devient un lieu de pèlerinage. Kateri Tekakwitha sera canonisée le 21 octobre 2012. Photo: Dorothy M. Speiser.

Thanadelthur (1697–1717)

Ambassadrice de paix et interprète pour la Compagnie de la Baie d’Hudson. Thanadelthur était membre de la nation Chipewyan (Déné) et fut capturée par les Cris en 1713 et réduite en esclavage alors qu’elle n’était encore qu’une jeune fille. Après un an, elle réussit à s’enfuir et à se rendre au poste York Factory de la Compagnie de la Baie d’Hudson, alors dirigé par James Knight. Thanadelthur demeura au poste afin de travailler pour James Knight, qui avait besoin d’un traducteur afin de conclure une entente de paix entre les Cris et les Chipewyan dans le but de favoriser le commerce. Accompagnée par un employé de la CBH et un groupe de Cris amis, elle réalisa une mission d’un an en territoire Chipewyan. Elle réussit à rapprocher les deux groupes, en les encourageant et en les réprimandant tout à la fois, et à conclure une entente de paix. Dans les archives de la CBH, on la prénomme la « femme esclave » ou la « femme esclave Joan ». Photo: This young Chipewyan woman from Cold Lake, Alberta, photographed by Edward Curtis in 1928, was popularized by historian Sylvia Van Kirk as a well-known representation of Thanadelthur.

Marie-Madeleine Jarret de Verchères (1678–1747)

Une héroïne légendaire qui protégea sa famille d’un raid iroquois. Vers l’âge de 14 ans, Madeleine, en l’absence de ses parents, défendit le fort familial contre un groupe d’Iroquois. On compte au moins cinq récits différents de cet exploit. Le plus plausible, écrit de sa main environ sept ans après les faits, laisse entendre qu’elle s’est échappée de ses attaquants en détachant son foulard, pour ensuite se précipiter dans le fort non défendu et fermer la barrière. Elle réussit, on ne sait comment, à tromper les Iroquois et à leur faire croire que de nombreux soldats défendaient le fort, et tira même une salve de canon. Le bruit alerta d’autres forts de la région et fit fuir les guerriers iroquois.

Juge Bertha Wilson (1923–2007)

Première femme à être nommée à la Cour suprême du Canada. Née dans une famille ouvrière d’Écosse, Bertha Wilson suit une formation en droit au Canada. Lorsqu’elle est nommée à la Cour suprême en 1982, elle est déjà forte d’une solide expérience à titre de juge à la Cour d’appel de l’Ontario, où elle est reconnue pour ses décisions sensibles dans les domaines des droits de la personne et de la répartition des biens matrimoniaux. Pendant ses neuf années à la Cour suprême, elle aidera ses collègues masculins à mieux comprendre les désavantages que présentent certaines lois d’apparence neutre pour les femmes et les minorités. Elle contribue ainsi à apporter des changements révolutionnaires aux lois canadiennes. Photo: Copyright Cochrane Photography.

Jane Wisdom (1884–1975)

Une des premières travailleuses sociales professionnelles du Canada et première directrice du Bureau des services sociaux à Halifax. Jane Wisdom suit une formation et des études en travail social à New York car aucune école n’enseignait cette discipline au Canada. Elle revint à Halifax en 1916 pour diriger le nouveau Bureau des services sociaux. Elle s’installe à Montréal en 1921 pour poursuivre ses études et donner des cours dans le domaine du travail social. Elle poursuivra son travail à Montréal pendant 18 ans avant de retourner en Nouvelle-Écosse. En 1941, elle accepta le poste de premier agent de bien-être de Glace Bay, ce qui fit d’elle le premier agent municipal voué au bien-être en Nouvelle-Écosse. Photo: nsasw.org.

Merci de l’intérêt que vous portez aux grandes femmes de l’histoire canadienne. 

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