Une grippe meurtrière

Après avoir survécu aux tranchées de la Première Guerre mondiale, les soldats canadiens - et l’ensemble de la population - furent accueillis par un mal d’un tout autre genre : la grippe espagnole, un mal sur lequel les armes ne sont d’aucune utilité.

Écrit par Susan Goldenberg 

Mis en ligne le 7 avril 2020

Une grippe funeste frappa le Canada à l’automne de 1918, immobilisant presque entièrement le pays. Les écoles, les églises et les lieux de rencontre furent fermés, le commerce fut perturbé et les médecins étaient débordés. À son pic, la grippe était si meurtrière que les croque-morts n’arrivaient plus à répondre à la demande et qu’il n’y avait plus assez de corbillards : les cercueils étaient transportés au cimetière en automobile et dans des wagons de livraison.

Derrière chaque décès se cachait une tragédie. Arthur Barton, de Brandon, au Manitoba, qui s’était enrôlé dans l’armée à l’âge de 24 ans, mourut le 5 novembre 1918, quelques jours avant la fin de la guerre et peu après son retour à la maison.

Le lieutenant Harry Helliwell d’Edmonton contracta la grippe alors qu’il rassemblait une meute de chiens dans le nord de l’Alberta. Sa femme mourut de la maladie peu de temps après; elle avait elle-même soigné des malades. M. Helliwell ne fut pas informé de sa mort et se demandait bien pourquoi elle n’était pas à ses côtés alors qu’il était agonisant.

Donald William de St. Thomas, en Ontario, était décrit par la Presse canadienne comme l’un des jeunes avocats les plus brillants de son époque. Il obtint en effet ses titres de compétences à l’âge de 21 ans.

M. et Mme Quinn, de Montréal, et leur nouveau-né, décédèrent le même jour, laissant dans le deuil un bébé de 14 mois.

Même si la grippe de 1918 prenait ses origines en Chine, on l’appelait la grippe espagnole, car c’est en Espagne qu’on la reconnut officiellement comme une maladie. La grippe la plus meurtrière de l’histoire tua environ 50 millions de personnes (il n’existe pas chiffres précis).

Ce fut une des pires pandémies de l’histoire (une épidémie est l’accroissement du nombre de cas de toute maladie, une pandémie est une épidémie qui atteint un grand nombre de personnes, dans une zone géographique très étendue).

Sur une population de huit millions, cinquante mille personnes moururent de la grippe au Canada en seulement quelques mois, un bilan très lourd. En comparaison, soixante mille Canadiens moururent au cours des quatre années de la Première Guerre mondiale. L’Agence de santé publique du Canada établit que le nombre habituel de décès attribuables à la grippe au pays s’établit entre quatre et huit mille. 

« La grippe tue de nombreuses façons, le plus souvent en provoquant une pneumonie avec ou sans réaction du système immunitaire, ce qui peut mener à l’accumulation de fluides, et parfois de sang, dans les poumons», explique le docteur Isra Levy, directeur du bureau de la santé publique de l’Association médicale canadienne et expert en épidémiologie, en contrôle des maladies et en médecine communautaire. « Le malade meurt d’une infection fulgurante ou d’une oxygénation inadéquate du sang ».

On peut tirer des leçons de la façon dont le Canada a fait face à la grippe espagnole pour se préparer à la menace d’une autre pandémie de grippe. L’Agence de santé publique affirme qu’une pandémie de grippe est « inévitable» : si elle ne découle pas de la grippe aviaire, ce sera d’une autre souche. Avec une population mondiale de 6,5 milliards, plus de trois fois celle de 1918, une pandémie de cette envergure serait dévastatrice.

« L’histoire se répétera si nous n’apprenons pas de nos expériences », souligne le Dr Levy. À de nombreux égards, nous avons tiré les mêmes leçons du SRAS en 2003 que de la grippe de 1918.

Le SRAS (syndrome respiratoire aigu sévère) a tué huit mille personnes dans le monde. La réaction au SRAS fut rapide. L’Organisation mondiale de la santé a émis un avertissement contre la ville de Toronto, considérée comme une zone sensible.

« Dans les deux cas, nous avons appris qu’il est difficile d’établir un diagnostic dans des situations non spécifiques, affirme le Dr Levy. Il faut quelques jours avant de savoir si une personne souffre d’un vilain rhume ou d’une véritable grippe qui requiert plus de soins et peut mener à la mort. Les deux fois, nous avons vu que pour éviter la panique, il faut fournir des renseignements clairs et fiables à la population sur ce qui se passe ».

En 1918, comme en 2003, on a appris que la quarantaine n’était pas toujours réaliste ou efficace en raison de la stigmatisation et des désordres économiques qui en résultent (dans le cas du SRAS, le tourisme à Toronto fut durement touché). La planification doit être adaptée à la réponse locale.

Le Dr Levy souligne un changement par rapport à la grippe de 1918 : la maladie se répand bien plus rapidement de nos jours en raison des nombreux déplacements en avion. La grippe espagnole est née en Chine en février 1918, mais elle n’atteignit le Canada qu’en septembre.

Le Dr Levy ajoute « la rapidité des déplacements aujourd’hui est phénoménale, ce qui exacerbe la situation. Malgré les avancées médicales et scientifiques, la grippe demeure une maladie grave. Il faut du temps pour développer des vaccins pour chaque souche, et ce ne sont pas tous les médicaments antiviraux qui sont efficaces pour chaque type de grippe. La grippe demeure un fléau des temps modernes ».

La grippe espagnole débutait par les symptômes habituels de la grippe : maux de tête, frissons, toux, fièvre et douleurs musculaires, et pouvait se transformer en une maladie impitoyable tuant sa victime en 24 heures. Les plus vulnérables étaient les gens âgés de 20 à 40 ans, et non pas les enfants et les vieillards, les victimes habituelles de la grippe.

« Personne ne sait pourquoi certaines grippes touchent plus de personnes dans certains groupes d’âge, affirme le Dr Levy. La grippe de 1918 entraînait une forte réaction du système immunitaire, qui menait à une détresse respiratoire chez des gens autrement en bonne santé. Bon nombre d’entre eux sont morts d’un œdème pulmonaire hémorragique (fluide sanguin dans les poumons)».

Le Dr E.A. Robertson, médecin à la garnison de Québec où la maladie faisait des ravages, décrit ses terribles symptômes dans le Journal de l’Association médicale canadienne de février 1919.

« À la première visite, le visage du patient est rouge, les narines bloquées, la langue recouverte d’une épaisse substance blanche au pourtour, et brune au centre, les lèvres sont bleues, la gorge rouge très foncé, la peau est chaude et humide, la température atteint 103 ou 104 degrés… Plus tard, des expectorations sanguinolentes ou de sang noir sont recrachées, la respiration devient laborieuse, la figure et les doigts sont cyanosés, le patient entre dans une phase de délire actif, la langue est sèche et brune, toute la surface du corps devient bleue et le patient meurt d’une défaillance respiratoire ».  

On croit que la grippe espagnole a écourté la Première Guerre mondiale, car de nombreux soldats des deux côtés tombaient malades. Les soldats ramèrent la grippe au pays avec eux. Puisque les premiers symptômes n’étaient pas très inquiétants, les soldats n’étaient pas isolés et ils répandirent la maladie un peu partout au pays.

« Il fallut attendre quelque temps avant que les autorités ne réalisent que la pandémie suivait la voie du chemin de fer, ont écrit Betty O’Keefe et Ian Macdonald dans leur livre de 2004 Dr. Fred and the Spanish Lady: Fighting The Killer Flu sur la façon dont l’agent de santé publique de Vancouver, le Dr Fred Underhill, a fait face à la crise.

Le fait de ne pas avoir limité les déplacements en train dès le départ fut une erreur malheureuse… Plus tard, les voyages en train furent presque entièrement interdits, mais il était trop tard : des milliers de passagers et d’employés étaient déjà tombés malades. »

Aucune région du Canada ne fut épargnée. Le pire de la pandémie s’abattit sur le Canada de la fin septembre à la fin novembre.

Selon le Journal de l’Association médicale canadienne de novembre 1918, Montréal, alors la plus grande ville du Canada et où la plupart des soldats infectés débarquait, fut la plus durement touchée.

Sur une population montréalaise de 640 000 personnes, la grippe et ses complications, notamment la pneumonie, tuèrent 3 128 personnes. Toronto, la seconde ville en importance à l’époque, suivait, avec 1 600 décès sur une population de 490 000 personnes.

La misère était partout, et aucun médicament ni vaccin n’était en vue pour prévenir la maladie. Les laboratoires Connaught de Toronto, établis en 1914, travaillaient nuit et jour pour produire un vaccin, essentiellement à partir de cultures de sang humain obtenues auprès du service de santé de la ville de New York.

La société Connaught distribuait son vaccin gratuitement aux ministères de la santé provinciaux, aux hôpitaux, à l’armée et aux professionnels de la santé. La compagnie n’a jamais affirmé que son vaccin était efficace, il ne l’était pas, mais il ne faisait pas de tort.

« Dans les circonstances et avec le peu de connaissances que l’on avait à l’époque, les essais de vaccins de la compagnie Connaught étaient justifiés, explique Christopher Rutty, consultant en histoire chez Sanofi Pasteur, le propriétaire actuel de Connaught. L’expérience a contribué à faire de Connaught un centre de santé publique national ». 

Plusieurs mesures furent prises pour traiter les symptômes. Pour l’acidose (excès d’acide dans le corps), les médecins recommandaient une solution alcaline sous forme de bicarbonate de soude, de citrate de potasse, d’eau de chaux et de lait.

Des doses modérées d’héroïne étaient utilisées pour la toux et l’insomnie. Pour nettoyer le système digestif, on recommandait une solution cathartique saline, comme des sels d’Epsom. Dans un manuel américain de 1904, Materia Medica, Pharmacology and Therapeutics, on recommandait l’aspirine comme façon de traiter l’influenza, mais ce traitement n’était pas mentionné dans les articles du Journal de l’Association médicale canadienne sur l’influenza, à cette époque.

Depuis l’éclosion de la grippe espagnole, les progrès vers la découverte d’un traitement efficace sont lents. Encore aujourd’hui, les antiviraux ne réduisent la durée de la maladie que d’un jour ou deux. Des Canadiens désespérés s’en remettaient au camphre, et même aux laxatifs, même si les médecins les disaient inutiles. L’alcool pouvait soulager la douleur, mais il y avait pénurie, car les besoins de l’armée passaient en premier et la prohibition était en vigueur. Le public avait recours à des médicaments à base de narcotiques ou d’alcool.

« La grippe de 1918 est instructive, car elle nous a montré comment les gens cherchent des remèdes à la contagion aux mauvais endroits et toute la place que peut alors prendre la charlatanerie, explique le Dr Levy. Nous craignons toujours les choses qu’on ne peut ni voir, ni contrôler. L’anxiété est naturelle, mais la peur irrationnelle ou déraisonnable peut être invalidante ».

Dans les publicités des journaux, certaines entreprises ambitieuses annonçaient leurs produits comme essentiels pour éloigner la grippe.

Chez Eaton : « En cette période d’épidémie et de froid, rien de tel que de se tenir au chaud pour garder la santé. Ces pantoufles feront particulièrement plaisir aux convalescents».

Bovril (bouillon de bœuf) : « Protégez-vous de la grippe en renforçant votre système de défense grâce à Bovril ».

Milton’s Jaeger Pure Wool de Montréal : « Ne prenez pas la grippe. Laissez Jaeger Pure Wool vous protéger du froid. Consultez-nous comme vous consulteriez votre médecin ». 

Dominion of Canada Guarantee and Accident Insurance Company : « Notre police d’assurance-maladie spéciale couvre la grippe espagnole. Vous toucherez une indemnité hebdomadaire et une partie des frais médicaux engagés chaque semaine seront payés ». (En 1918, il y avait plus de demandes d’indemnisation au Canada reliées à l’influenza (32,6 %) qu’à la guerre (20,95 %)).

L’isolement des malades était la première approche pour freiner la maladie, une mesure encore suivie aujourd’hui. Le Dr H.O. Howitt de Guelph, en Ontario, a écrit dans la Revue canadienne de santé publique de novembre 1919 :

« Je connais une ville en Ontario où il n’y a que deux médecins et un hôpital, qui se trouve hors de la ville. Le premier a demandé à ses patients de demeurer chez eux, dans leur lit, il leur fit ses recommandations et en perdit très peu. Le second faisait transporter ses patients à l’hôpital et leur administrait de nombreux médicaments, mais il n’obtint pas de bons résultats ».

Les médecins ont également constaté que les masques chirurgicaux (également portés pendant la crise du SRAS) étaient inefficaces. Le Dr T.H. Whitelaw, l’officier médical d’Edmonton, a écrit dans le Journal de l’Association médicale canadienne de décembre 1919 :

« Le nombre de cas a continué d’augmenter après que la province de l’Alberta ait ordonné à tout le monde de porter un masque hors de la maison; le public perdit rapidement confiance en cette mesure de prévention et la tourna au ridicule ».

Le Dr Whitelaw était convaincu que la quarantaine, utilisée contre la fièvre et la diphtérie, était inutile contre la grippe. Le recours à la quarantaine n’était pas toujours efficace. Le Dr Whitelaw fit la mise en garde suivante :

Le nombre de cas signalés et mis en quarantaine ne représente pas plus de 60 % des cas réels. Des centaines de cas étaient si douteux ou si légers qu’ils étaient considérés comme un simple rhume. De nombreux citoyens considéraient leur mise en quarantaine comme une injustice, car leurs voisins parvenaient à l’éviter en cachant leur état ou en mentant. Certains médecins négligent de signaler les cas, car ils présument que les autres médecins ne les rapportent pas… Procéder à des poursuites pourrait se révéler très difficile, car aucun magistrat ne serait prêt à condamner une personne sans pouvoir prouver hors de tout doute la certitude du diagnostic… Le maintien d’une bonne santé en menant une vie régulière et en évitant la panique, l’inquiétude ou la fatigue semble être la meilleure façon de combattre l’infection.  

De nombreuses communautés ordonnèrent aux commerces et aux bars de fermer tôt. En outre, les théâtres, les cinémas, les salles de danse et de quille, les salles de vente aux enchères et les églises durent fermer leurs portes complètement.

Cependant, le Dr John McCullough, officier en chef du conseil de la santé de l’Ontario, avance dans le numéro de novembre 1918 du Journal de l’Association médicale canadienne que « l’utilité de fermer les églises, les écoles, les théâtres, etc., est de toute évidence limitée lorsque les commerces, les lieux d’affaires, les tramways et les trains demeurent fonctionnels. Il ne fait aucun doute que les enfants seraient bien mieux à l’école qu’à courir les rues et à passer leur temps dans les magasins (que l’on trouve en grand nombre à Toronto) ».

Les entreprises demandaient à leurs employés de prendre des précautions contre la grippe. Le 29 septembre 1918, dans une note de service aux employés de la compagnie Bell Telephone, le président L.B. McFarlane recommandait de se couvrir la bouche lorsque l’on éternuait ou toussait, de se gargariser à l’eau salée et d’éviter les foules.

« C’est un devoir public, ainsi qu’un avantage, pour nos employés d’éviter l’épidémie par tous les moyens possibles », conclut-il.

Néanmoins, un si grand nombre d’opératrices tombèrent malades que la compagnie Bell publia des annonces dans le journal en octobre demandant au public de n’utiliser le téléphone que lorsque cela était « absolument nécessaire », pour permettre « l’acheminement rapide et efficace des appels importants du gouvernement et des appels aux médecins ».

À Montréal, l’Église catholique romaine trouva une solution ingénieuse à la fermeture des églises. Le dimanche matin, le bourdon de la Cathédrale Notre Dame retentissait, avertissant les prêtres des paroisses qu’il était l’heure de célébrer la messe pour leurs paroissiens absents. Les prêtres se rendaient eux-mêmes chez les fidèles pour la communion.

Le 22 octobre, la Gazette de Montréal parla d’une autre conséquence de la grippe.

« Les conditions de chasse sont aujourd’hui à leur meilleur dans les forêts du nord du Québec, mais il n’y a presque pas de chasseurs et les animaux connaissent une liberté sans précédent en cette période de l’année… L’épidémie a gagné les bois et bon nombre des guides engagés par les divers clubs de chasse et de pêche sont maintenant malades ».

La grippe a frappé durement les travailleurs de la santé. « Les médecins et les infirmières qui doivent travailler de longues heures et souffrent de fatigue en paient tôt ou tard le prix et tombent eux-mêmes malades. C’est souvent cette fatigue, plus que l’exposition au virus lui-même, qui les rend si vulnérables », déclare le Dr Whitelaw.

Avec du recul, le Dr Levy, de l’Association médicale canadienne, affirme : « selon moi, les médecins ont fait face à la situation avec professionnalisme. Ils étaient épuisés, mais ils ont continué de travailler, ils ont mobilisé des volontaires pour leur venir en aide, et ont donné un coup de main aux médecins qui ne pouvaient plus continuer ».

À cette époque, le Canada n’avait aucun ministère de la santé fédéral pour coordonner une intervention nationale. Il n’y avait que les autorités provinciales et municipales qui pouvaient agir. Le ministère fédéral a été créé en 1919, en grande partie suite à la crise de la grippe espagnole.

« Il est évident que les gouvernements ont un rôle important à jouer en santé publique », affirme le Dr Levy. « Les gouvernements doivent faire preuve d’un leadership solide et décisif pour s’assurer de rassembler les meilleures ressources pour réagir aux crises de santé publique, y compris aux urgences. L’Agence est fort utile pour faire face aux prochaines menaces auxquelles le Canada risque d’être confronté ».

Près de 90 ans plus tard, on peut tirer de nombreuses leçons de la façon dont le Canada a réagi à la crise de la grippe espagnole.

Soins aux patients à domicile

À l’Assemblée législative de l’Ontario, la Dr Margaret Patterson donna trois longues conférences sur les soins aux patients à domicile qui furent publiées dans le Toronto Globe en octobre 1918 à titre informatif. Ses conseils sont toujours aussi pertinents :

Emplacement de la chambre des malades : doit se trouver près de la salle de bain. Ne doit pas être ouverte sur les autres salles de séjour afin de tenir les patients à l’écart des autres membres de la maisonnée. La meilleure exposition est sud sud-ouest. Une exposition sud-sud-ouest dans l’après-midi, lorsque le patient se sent fatigué et déprimé, peut faire des miracles. Aucun virus ne peut supporter les rayons du soleil très longtemps.

Ventilation : convaincre les membres de la famille qu’un peu d’air frais n’a jamais contaminé personne… Votre patient doit s’emplir les poumons d’air frais s’il veut se remettre sur pied un jour. On peut vivre trois semaines sans manger, quelques jours sans boire, mais seulement quelques minutes sans oxygène.

Se moucher : utiliser du papier crêpe, placer les papiers souillés dans un sac de papier et brûler le sac.

Repas : légers. Garder les assiettes du patient à l’écart et les laver séparément.

Délire : ne jamais craindre un patient qui délire. Ne jamais le confronter. Il faut tenter de le réconforter… Un linge froid sur la tête et de la chaleur aux pieds l’aideront à oublier ses soucis et un massage léger sur le front peut le soulager et même l’endormir.

L’Agence de santé publique du Canada propose de l’information sur la grippe aviaire à l’adresse suivante : https://www.canada.ca/fr/sante-publique/services/maladies/grippe-influenza.html

Les oiseaux, grands responsables ?

De nombreuses années après la fin de l’épidémie de grippe espagnole, les échantillons du virus humain que l’on a conservés prouvent qu’elle était plus étroitement liée aux virus aviaires qu’on ne le croyait, ce qui laisse supposer qu’elle est née d’une mutation pouvant infecter les humains.

Les analyses du virus de la grippe espagnole montrent que la version contemporaine présente bon nombre des mêmes types de mutations, si on les compare aux virus aviaires traditionnels. On soupçonne que ce sont ces mêmes mutations qui ont permis le développement de l’agent très virulent qui a tué plus de 50 000 000 personnes en 1918.

En 1959, les premières versions du virus aviaire moderne touchèrent la population d’oiseaux en Écosse. Cette vague s’estompa et ne refit surface que 32 ans plus tard, s’attaquant aux dindes en Angleterre.

Cependant, la première transmission observée des oiseaux aux humains s’est produite à Hong Kong en 1997, infectant 18 personnes et en tuant 6. Les autorités locales agirent rapidement en tuant toutes les volailles sur le territoire.

Ensuite, une épidémie importante frappa les volailles de la Thaïlande et du Vietnam en janvier 2004. En quelques semaines, le virus était présent dans les pays asiatiques voisins, y compris la Chine, l’Indonésie et le Japon. Plus de 40 000 000 de poulets furent détruits et l’épidémie fut contenue deux mois plus tard. Vingt-trois personnes en sont mortes. En janvier 2005, la moitié des villes et des provinces du Vietnam étaient infectées et plusieurs millions de poulets furent à nouveau sacrifiés.

Cependant, rien ne bat la contagion étonnante du virus à l’hiver 2005-2006. En quelques mois, il s’était propagé dans toute l’Asie et dans le sous-continent indien, jusqu’au Moyen-Orient, en Afrique et dans presque tous les pays d’Europe.

En même temps, on craignait les migrations qui auraient transporté le virus jusqu’en Amérique. À ce jour, environ un milliard d’oiseaux sont morts ou ont été tués.

La structure même de la grippe aviaire montre que plus elle s’adapte à la transmission d’humain à humain, plus sa létalité diminue, mais globalement, elle tuera bien plus de gens, car elle peut s’étendre à des milliers ou des millions de fois plus d’humains. La grippe espagnole a tué plus de 50 millions de personnes, après en avoir infecté un milliard.

Des chercheurs disent qu’une pandémie nous guette. Le Dr Anthony Fauci, directeur du U.S. National Institute of Allergy and Infectious Diseases a dit : « Ce virus peut provoquer la prochaine pandémie qui, si l’on s’en fie à l’histoire, n’est qu’une question de temps ».

Extrait de Bird Flu: What We Need to Know par A.A. Avlicino.

Susan Goldenberg est autrice de plusieurs livres, incluant Snatched! The Peculiar Kidnapping of Beer Tycoon John Labatt, publié par Dundurn Press.

Cet article est paru dans le numéro d’octobre-novembre 2006 du magazine The Beaver.

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