Transcription Manouchka Otis
Kwe, je m'appelle Manouchka Otis, Innue de Uashat mak Mani-Utenam. Je suis didacticienne de l'histoire et enseignante d'histoire de formation. Je réalise actuellement une maîtrise en éducation portant sur la décolonisation et l'autochtonisation de l'enseignement de l'histoire. Mon travail est profondément enraciné dans la mobilisation des savoirs, des perspectives et des réalités autochtones. Principalement innus. Je réfléchis l'enseignement de l'histoire comme un lieu de confluence entre la pensée historique, la pensée innue et par l'approche holistique qui s'enracine dans le territoire, la mémoire et qui guide la façon d'apprendre et de comprendre le monde.
À travers l'histoire, innuaimun et innuaitun j'aime que chaque élève puisse se reconnaître dans ce tissage de voix et de savoirs et sentir qu'il fait vraiment partie prenante d'une histoire vivante portée par la communauté et le territoire. Le projet Uapush s'est développé et a été mis en œuvre dans le cadre du cours d'histoire du Québec et du Canada secondaire 3 à l'école Manikanetish dans ma propre communauté. L'objectif de ce projet, c'était vraiment de décoloniser et d'autochtoniser la façon dont on enseigne l'histoire, c'est-à-dire de mobiliser les savoirs, les perspectives et les réalités autochtones souvent absentes ou marginalisées dans les manuels et dans les programmes scolaires.
Donc le projet Uapush — qui veut dire « lièvre » — s'est déroulé au cœur du Nitassinan, le territoire ancestral des Innus de Uashat mak Mani-Utenam. Les élèves ont vécu l'histoire à travers la transmission intergénérationnelle bien vivante en participant au pistage, au posage de collet, au dépeçage du lièvre, à la cuisson sur le poêle à bois sous le shaputuan avant de partager le repas dans un esprit de respect et de partage. Ces expériences profondément enracinées dans la culture innue ont permis d'incarner la pensée historique, de tisser des liens entre les savoirs et le territoire et de raviver la continuité entre mémoire, histoire et identité.
Concrètement, dans le cadre de mon travail, j'ai créé des situations d'enseignement culturellement pertinentes enracinées dans le territoire, la mémoire et les récits autochtones. Dans cette perspective, les situations d'enseignement invitent les jeunes à mobiliser leurs pensées historiques dans une approche relationnelle et expérientielle. Donc de cette façon, on aborde l'histoire en harmonie avec la pensée innue pour qui tout est interrelié — l'approche holistique — donc les êtres, la nature, les récits, le temps. En vivant ces situations d'enseignement culturellement pertinentes, les élèves ne font pas qu'apprendre l'histoire. Ils la vivent, ils la relient à leur propre histoire et à celle de leur famille et de leur communauté.
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