La volonté du peuple

Cette leçon présente aux élèves les principes du gouvernement responsable pour lequel LaFontaine et Baldwin ont combattu.

Créé par Karine Duhamel

20 juillet 2017

Aperçu de la leçon

Cette leçon présente aux élèves les principes du gouvernement responsable pour lequel LaFontaine et Baldwin ont combattu. On y explique les structures des gouvernements du Haut et du Bas-Canada avant les rébellions qui ont mené à cette quête pour un gouvernement responsable qui formera, plus tard, le fondement du système de gouvernement canadien. Cette leçon peut être adaptée à différents niveaux.

Temps requis

3 x 45 minutes (peut être adapté selon le temps dont on dispose)

Concept(s) de la pensée historique

  • Établir la pertinence historique
  • Analyser les causes et conséquences
  • Adopter une perspective historique
  • Démontrer la continuité et le changement

Objectifs d’apprentissage

 Les élèves pourront :

  • Définir les caractéristiques principales de groupes tels que le « family compact » et la clique du château, qui ont dirigé le Haut et le Bas-Canada avant les rébellions.
  • Formuler les principales caractéristiques du gouvernement responsable, telles qu’imaginées par LaFontaine et Baldwin.
  • Interpréter les principes du gouvernement responsable et de la démocratie, tels que mis en pratique au Canada, dans un contexte de classe.
  • Élaborer les principes du gouvernement responsable dans de petits ou de grands groupes.

Contexte

Dans les années 1840, la gouvernance de l’État canadien était fort différente de ce qu’elle est aujourd’hui. Alors que le parti qui détient le plus de sièges dirige le gouvernement, à l’époque, il n’y avait pas de partis officiels. Il y avait une assemblée élue, mais le volet exécutif du gouvernement (soit le premier ministre et le cabinet fédéral aujourd’hui) responsable de conseiller directement le gouverneur nommé, n’était pas formé d’élus de l’assemblée. Les membres du conseil exécutif du gouverneur étaient plutôt sélectionnés par ce dernier, qui avait le pouvoir de nommer ou de renvoyer ses conseillers, d’approuver ou de s’opposer aux lois, selon son bon vouloir.

Les politiciens étaient de plus en plus frustrés, constatant que sous ce régime, leur élection n’avait en fait aucune réelle incidence sur la façon dont la colonie était dirigée. Les réformateurs appuyaient l’idée de gouvernement responsable, alors que de nombreux autres s’y opposaient. Les motifs des réformateurs étaient essentiellement de nature économique. En effet, ils croyaient qu’en réorganisant le gouvernement en fonction des principes du gouvernement responsable, où le volet exécutif serait imputable à l’assemblée élue, il serait possible de promouvoir certains projets économiques qui étaient bloqués par le système en place.

Robert Baldwin et Louis-Hippolyte LaFontaine déterminent qu’en unifiant ces objectifs communs au sein d’une coalition, un nouveau type de gouvernement pourrait être créé. Baldwin, un politicien improbable et atypique, était guidé par son devoir moral. Il prétendait que les réformateurs défendaient le Canada contre ses oppresseurs, qui refusaient à la colonie les pouvoirs qui lui revenaient. Lafontaine était brillant et ambitieux, mais souvent en porte-à-faux avec les patriotes, plus radicaux, dont il approuvait les objectifs, sans toutefois recourir à la violence.

Ensemble, Baldwin et LaFontaine lancèrent une coalition de leaders français et anglais qui caractérisera par la suite le gouvernement canadien. Après l’Acte d’Union de 1841, qui unit le Haut et le Bas-Canada, Baldwin et LaFontaine travaillent ensemble pour fonder un parti de réformateurs unifiés. LaFontaine, qui croyait que l’union avec l’ancien Haut-Canada était essentielle pour obtenir la paix, a été exclu de son propre gouvernement pour avoir collaboré avec les Anglais. Robert Baldwin l’invite alors à se présenter dans sa propre circonscription de York, où il sera élu avec le soutien de Baldwin.

Le 24 janvier 1848, le Reform Party remporte l’élection sous la direction de Robert Baldwin et de Louis-Hippolyte LaFontaine. James Bruce, connu par son titre de Lord Elgin, était le gouverneur de l’époque, nommé par le régime britannique. Suite à l’élection, il invite LaFontaine à former le gouvernement. Ce dernier accepte, à la condition que son ami et allié, Baldwin, soit co-premier ministre.

Peu après, en 1849, Baldwin et LaFontaine mettent le principe de gouvernement responsable à l’essai en soumettant une nouvelle loi au gouverneur. Même si elle est largement impopulaire, la Loi d’indemnisation pour le Bas-Canada de 1849 (loi d’indemnisation des habitants du Bas-Canada pour les dommages subis lors des rébellions de 1837-1838) est une loi juste pour Baldwin. Il affirme que les résidents anglais du Haut‑Canada avaient été indemnisés et que les francophones du Bas-Canada méritaient le même traitement. Le projet de loi était très impopulaire dans certains milieux, surtout chez ceux qui s’étaient férocement opposés aux résistants français. Ceux qui sont contre la loi considèrent les Français comme étant déloyaux et entretiennent des doutes sur leurs différences religieuses et linguistiques. Malgré cette impopularité, Lord Elgin est forcé de l’approuver, même s’il est attaqué dans les rues par la foule et que le bâtiment du Parlement à Montréal est incendié en signe de protestation. En outre, le gouvernement britannique donne toute sa confiance au gouverneur, signifiant ainsi un changement important dans la relation constitutionnelle entre la mère patrie et le Canada. L’Angleterre ne se mêlera plus des affaires internes du gouvernement élu de sa colonie.

L’association de Baldwin et LaFontaine de 1848 permet d’accomplir de grandes choses, en plus de faire adopter la Loi d’indemnisation pour le Bas-Canada. Les deux hommes créeront un nouveau système d’écoles publiques et l’Université de Toronto, et ils travailleront activement à la formation de nouvelles alliances et relations entre les Anglais et les Français. Même si le principe de démocratie responsable ne signifie pas que le gouvernement est entièrement imputable à ses électeurs, il lance le Canada sur la voie de l’indépendance politique par rapport à la Grande-Bretagne. Il contribue également à rassurer les Canadiens-Français, dont l’avenir est protégé au sein de l’union.

Les activités

Activation 

 1. Assigner les rôles :

L’enseignant assignera les rôles suivants :

  • Le Grand décideur suprême (peut être l’enseignant)
  • Le Conseil des trois (trois élèves choisis au hasard)
  • Le reste de la classe forme l’Assemblée du peuple

 2. Présentation du scénario :

Nous sommes en 2072 et la planète Terre est surpeuplée. Une nouvelle colonie est établie sur la planète Mars et 1 000 humains s’y sont maintenant installés.

Le gouvernement de la colonie est composé d’un Grand décideur suprême. Il ou elle rend des comptes à la Terre sur les progrès des colons.

Le pouvoir est en fait exercé par un petit groupe de personnes, appelé le Conseil des trois. Ces trois personnes sont choisies par le Grand décideur suprême et n’ont pas été élues par les citoyens de la colonie.

(xx – reste des élèves) forment l’Assemblée du peuple. Ils ont été élus par les colons pour représenter les citoyens de la colonie.

Il est maintenant temps d’établir certaines règles pour la colonie. Les règles sont très importantes et les élèves qui sont membres de l’Assemblée du peuple et du Conseil des trois devront prendre des décisions sur les enjeux suivants :

a) La colonie ne peut importer que certains éléments figurant dans la liste ci-dessous, car il est difficile d’entreposer des aliments sur Mars. Les membres devront choisir deux des éléments suivants :

Pizza Hot dogs — Macaroni — Fruits frais — Salades — Eau

b) Tous les citoyens de la colonie paient des impôts, mais ils doivent déterminer à quoi servira l’argent. Ils ne peuvent choisir qu’un seul des éléments suivants :

 Nouvelles maisons —  Routes —  Réservoir d’eau géant — Dôme pare-poussière 

c) Il n’y a pas beaucoup de ressources sur Mars et les citoyens doivent déterminer s’il est utile ou néfaste d’accueillir plus de citoyens sur la planète. Ils doivent donc voter pour (oui) ou contre (non) l’accueil de 1 000 nouveaux colons. Même si ces personnes contribueront à bâtir la colonie, leur présence limitera les ressources et la nourriture pour les autres. Il faut voter oui ou non sur cette proposition.

 ***OPTION : Les élèves plus âgés peuvent concevoir leurs propres choix ou questions.***

Acquisition

 3. Lancer le débat :

Selon le groupe, l’enseignant lancera un débat où les élèves pourront défendre leur point de vue. Ce débat ou l’analyse des options présentées à l’Assemblée du peuple peut se dérouler de façon individuelle, au moyen des documents fournis, ou en petits groupes, toujours à l’aide de ces mêmes documents. Les élèves doivent penser aux avantages et désavantages de chaque scénario.

 4. Voter:

À la fin de l’analyse, le Grand décideur suprême, ou son délégué, invite l’Assemblée du peuple à voter sur les mesures proposées. Une fois les votes comptés, le Conseil des trois décidera d’accepter ou de rejeter les recommandations de l’Assemblée du peuple.

Le Conseil des trois compare ensuite les recommandations de l’Assemblée du peuple aux siennes et détermine ce qu’il présentera au Grand décideur suprême. Lors de leurs discussions, les représentants de l’Assemblée du peuple dessineront un nouveau drapeau de la colonie qui reflète ses principaux objectifs.

Le Conseil des trois présente ensuite ses recommandations au Grand décideur suprême, qui doit ensuite accepter ou rejeter les décisions. Si les décisions sont rejetées, il ou elle doit alors prendre une décision sur les trois éléments à retenir. Le Grand décideur suprême est libre de refuser les recommandations du Conseil des trois, mais doit ensuite imposer et expliquer sa propre décision.

Mise en application

 5. Discussion:

Les décisions finales sur ces éléments seront ensuite comparées par l’enseignant ou par les élèves aux résultats des votes de l’Assemblée du peuple.

Après avoir révélé les résultats, les élèves devront réfléchir aux questions suivantes, selon leur âge ou leurs aptitudes (les questions peuvent et doivent être adaptées en fonction du groupe) :

  • Quelle a été la réelle influence de l’Assemblée du peuple?
  • Les résultats des décisions sont-ils justes?
  • Est-ce que les résultats des décisions reflètent la volonté de l’Assemblée? Pourquoi?
  • Est-ce que les décisions prises reflètent la volonté de l’Assemblée? Pourquoi?
  • Comme les membres sont élus par les citoyens et représentent ces derniers, quel rôle devraient-ils jouer dans les décisions finales?
  • Demandez aux élèves de réfléchir à une situation où ils étaient « responsables » de quelque chose (nourrir un animal, exécuter une tâche, etc.) – au sein d’un gouvernement, que signifie le terme « responsable »?

 6. Lecture:

Demandez aux élèves de lire « Une histoire d’amitié », en établissant des comparaisons avec le scénario de la colonie sur Mars.

Matériel/ressources

Activités d’appoint

Les élèves peuvent réaliser une simple activité en mathématiques pour calculer le résultat du vote, établir la proportion des votes dans chaque catégorie et extrapoler la mesure dans laquelle la volonté de la population est représentée en fonction d’une population totale de 1 000 personnes, et en convertissant par la suite le résultat en fonction du nombre d’élèves faisant partie de l’Assemblée du peuple.

En s’inspirant de leurs connaissances et de l’information tirée du scénario, de l’histoire et de leurs discussions, les élèves pourraient illustrer cette connaissance sous la forme de réflexions personnelles dans le cadre d’un journal d’un citoyen de Mars, du Grand décideur suprême ou d’un membre du Conseil des trois; il peut également s’agir d’une courte recherche ou d’un travail de rédaction, ou encore d’une caricature politique.

D’autres activités sont suggérées aux élèves, notamment la conception de leur propre système de gouvernance ou de leur constitution de base, tout en expliquant pourquoi ce système est préférable et comment il peut fonctionner efficacement.

Évaluation

L’évaluation reposera sur les activités d’appoint sélectionnées par l’enseignant.

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