Nous avons tous une part de mystère dans notre histoire

Un orphelin, une guerre, et l’étrangère qui est revenue au Canada avec mon grand-père.

Par Bob Cox

Mis en ligne le 24 août 2022

Il existe une histoire mystérieuse dans le passé de ma famille.

Elle est axée sur une question : Pourquoi mon grand-père a-t-il ramené une femme de la guerre?

Il ne s’agissait pas d’une épouse de guerre. Jane Hampton, la femme en question, était une veuve de cinquante-neuf ans à la fin de la Première Guerre mondiale lorsqu’elle est montée à bord d’un navire à destination du Canada en mai 1919.

Quant à Art Wilding, ancien petit Britannique arrivé au Canada en tant qu’orphelin des taudis du Londres victorien en 1893, il retournait auprès de sa femme, ma grand-mère Margaret, descendante de loyalistes de l’Empire-Uni.

Cette histoire est typique des récits qui composent l’histoire du Canada. Elle englobe des événements et des mouvements majeurs, comme les guerres et les vagues d’immigration. Elle couvre de vastes périodes temporelles et se rattache à des personnes et des lieux éloignés. Elle raconte des vies ordinaires transformées par de grands événements. Elle est intensément personnelle. Nous y sommes tous confrontés différemment. Et une grande partie de cette histoire n’a pas encore été racontée.

C’est un honneur pour moi de devenir président et chef de la direction de la Société Histoire Canada, car raconter les histoires de ce pays et aider tous les Canadiens à mieux comprendre leur histoire me passionne véritablement.

L’histoire qui se cache derrière cette partie de ma propre histoire a été révélée petit à petit au fil des ans, mais elle demeure encore en grande partie inconnue en dépit de l’excellent travail de ma nièce, Sinead Cox, conservatrice de l’engagement et du dialogue au Huron County Museum de Goderich, en Ontario.

Art, qui a grandi à Londres, est envoyé en 1893 sur le navire Vancouver de la Dominion Line, d’abord à Halifax, puis au Fegan Home à Toronto et enfin dans une ferme près de Guelph, en Ontario. Il a alors neuf ans et compte parmi les 100 000 petits immigrants envoyés au Canada pour fournir une main-d’œuvre bon marché à une nation en pleine croissance, un programme dont le gouvernement britannique a depuis reconnu l’erreur et pour lequel il s’est excusé.

En 1915, marié et père de quatre jeunes enfants, Art rejoint le Corps expéditionnaire canadien d’outre-mer et s’embarque pour l’Angleterre, puis pour la France où il passe la guerre comme brancardier sur le front occidental.

Quelque chose d’autre a dû se passer lors de son séjour en Angleterre pour qu’il revienne avec Jane, dont la dernière adresse à Londres était un « workhouse », un endroit où finissaient les pauvres et les indigents, même en 1919.

Elle avait cependant vécu, auparavant, à une adresse où Art a passé au moins quelques années de son enfance et où il était répertorié en tant que neveu.

Originaire de Manchester, elle s’appelait alors Jane Foster et travaillait dans une usine londonienne à la naissance d’Art, vers 1884. Elle finit par épouser James Hampton, de vingt-huit ans son aîné, en 1890, quelque temps après la mort de sa première femme. Le jeune Art a vécu chez les Hampton. Il ne semble pas y avoir d’acte de naissance d’Art qui permettrait de savoir qui étaient ses parents.

Alors qui était Jane pour Art? Pourquoi a-t-il été envoyé au Canada en tant qu’orphelin alors qu’il vivait dans un foyer avec un couple marié? De quel genre de pauvreté et de conditions provenait-il? Comment se sont-ils retrouvés? Pourquoi s’est-il senti obligé de l’emmener au Canada et de subvenir à ses besoins?

Ni l’un ni l’autre n’ont jamais répondu à ces questions. Jane est décédée en 1920, moins d’un an après avoir emménagé dans sa nouvelle maison et Art s’est éteint en 1923, peu après la naissance de son dernier enfant : ma mère.

Il reste encore bien des choses à élucider dans cette histoire, comme dans l’histoire du Canada. Je suis ravi de me joindre à l’équipe formidable d’Histoire Canada qui se consacre à l’approfondissement de la compréhension du passé de notre nation, avec le soutien de notre remarquable groupe de commanditaires, de donateurs et d’abonnés, grâce auxquels tout cela est possible. Nous ne pouvons le faire qu’avec votre aide. Nous vous invitons à faire un don à Histoire Canada pour que nous puissions continuer à  vous presenter les visages de l’histoire.

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