La Charte de la Compagnie de la Baie d’Hudson revient chez elle

Le document qui est au cœur de la Compagnie de la Baie d’Hudson se trouve désormais au Manitoba. Voici un aperçu de son parcours
par Christopher Moore — Mis en ligne le 28 juillet 2026

En avril 2025, la Compagnie de la Baie d’Hudson, vieille de 355 ans, ne peut plus éviter la faillite : ses biens sont liquidés, ses filiales vendues et ses actifs restants bradés à des prix dérisoires. Un détail de cette spirale funeste fait la une des journaux à travers tout le Canada : « La Compagnie de la Baie d’Hudson met sa charte royale aux enchères. »

Le géant de la distribution peut-il vraiment mettre aux enchères ce « joyau de la couronne », ce « Saint Graal », soit la Charte royale de 1670 signée par le roi Charles II, qui a donné naissance à la « Governor and Company of Adventurers of England trading into Hudson’s Bay »? Oui, il le peut. Et des collectionneurs privés fortunés pourront-ils s’emparer de ce trésor lorsque le marteau du commissaire-priseur tombera? Oui, c’est possible.

C’est à ce moment qu’un plan de sauvetage est annoncé. En novembre dernier, alors que la vente aux enchères des derniers actifs de la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) approche à grands pas, les fondations caritatives de deux des familles les plus riches du Canada, les Weston et les Thomson, annoncent une offre conjointe pour la Charte d’un montant si élevé qu’elle dissuade tout concurrent : 18 millions de dollars.

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Elles n’enchérissent pas pour leur propre compte. Les Weston et les Thomson ont promis de faire don de la Charte à quatre institutions culturelles canadiennes de renom : le Musée du Manitoba, les Archives du Manitoba, le Musée royal de l’Ontario et le Musée canadien de l’histoire.

Bénéficiant d’un coup de pouce des familles Desmarais et Hennick, ainsi que de l’aval du Centre national pour la vérité et la réconciliation de Winnipeg, ces quatre institutions culturelles s’engagent également à collaborer avec les communautés des Premières Nations, des Inuits et des Métis « afin de favoriser une meilleure compréhension de l’importance de la Charte, dans le passé, le présent et l’avenir ». La Charte royale de la Compagnie de la Baie d’Hudson de 1670 allait enfin être officiellement intégrée au patrimoine historique du Canada.

Les donateurs déclarent que le Manitoba, cette région autrefois connue sous le nom de Terre de Rupert et qui a longtemps occupé une place centrale dans l’histoire de la Compagnie de la Baie d’Hudson, sera le lieu de conservation officiel de la Charte. Winnipeg, qui fut brièvement le siège canadien de la compagnie, allait désormais accueillir ce précieux document. Bien que la Charte n’ait jamais été conservée à Winnipeg auparavant, cela s’apparentait à un retour aux sources.

Mais après ces bonnes nouvelles, des questions surgissent quant à la signification même du Canada. Qui devrait interpréter la portée de la Charte royale de 1670? Que nous dit-elle et que révèle-t-elle de nous?

Régner sur le territoire

Phil Fontaine a des opinions bien arrêtées sur la Charte. Né au sein de la Première Nation de Sagkeeng, au Manitoba, il a exercé trois mandats en tant que chef national de l’Assemblée des Premières Nations. Il a contribué à attirer l’attention du public sur les horreurs des pensionnats indiens en révélant sa propre histoire poignante, et s’est rendu à Rome pour exhorter les papes Benoît XVI et François à faire en sorte que l’Église catholique présente des excuses pour la manière dont elle a traité les peuples autochtones. Pour M. Fontaine, la Charte renvoie avant tout à la doctrine de la découverte et au concept de « terra nullius » — ce dernier étant l’affirmation selon laquelle les monarques et les explorateurs européens avaient le droit de s’emparer de « terres vides » sans tenir compte de leurs habitants. « J’appelle cela de l’escroquerie foncière », déclare Fontaine, un prétexte utilisé pour légitimer la dépossession des Autochtones. Qui mieux que son peuple peut utiliser la Charte pour enseigner cette leçon? Selon M. Fontaine, lorsque la Compagnie de la Baie d’Hudson s’est effondrée, le gouvernement canadien aurait dû intervenir pour acquérir la Charte et la confier aux Premières Nations afin qu’elles puissent l’interpréter et l’exposer.

M. Fontaine a raison quant au caractère profondément colonial de la Charte. Ses cinq pages et ses 6 600 mots peuvent encore choquer les lecteurs qui déchiffrent le texte calligraphié du document. En 1670, le roi Charles II accordait une autorité perpétuelle et illimitée aux princes, ducs, comtes et chevaliers qui gouvernaient la Compagnie de la Baie d’Hudson. Désormais, tous les territoires situés autour de la lointaine baie d’Hudson — soit 40 % de ce qui allait un jour devenir le Canada — s’appelleraient la Terre de Rupert, du nom du cousin de Charles, le prince Rupert du Rhin, premier gouverneur de la Compagnie, bien qu’il n’ait jamais mis les pieds en Amérique du Nord. La Compagnie pouvait construire des forts, faire venir des colons, rechercher un passage maritime vers l’Asie, former des tribunaux, lever des armées, faire la guerre aux peuples non chrétiens qu’elle pourrait rencontrer — et faire le commerce des peaux de castor.

Charles II fut le dernier grand autocrate à régner en Grande-Bretagne, allié et protégé du plus grand monarque absolu d’Europe, le Français Louis XIV, « le Roi Soleil » et bâtisseur de Versailles. Les pouvoirs que Charles autorise la CBH à exercer sur la Terre de Rupert reflètent ceux qu’il estime avoir le droit d’exercer sur ses propres sujets, le peuple britannique. La Charte accordée par Charles à la CBH était l’affirmation du pouvoir illimité d’un roi à combler ses favoris de faveurs et à imposer sa volonté à tous les autres, tant dans son royaume qu’outre-mer.

Pourtant, le projet autocratique de Charles II ne se concrétise pas. À peine 18 ans après avoir apposé son sceau sur la Charte de la CBH, sa dynastie des Stuart est renversée et ses héritiers contraints à l’exil à Versailles. Désormais, les monarques britanniques seront soumis à la volonté du Parlement. En 1690, le Parlement instaure les bases de sa nouvelle relation avec la Couronne en adoptant ses propres modifications à la Charte de la CBH.

La vision de Charles II d’un contrôle absolu ne s’est pas davantage concrétisée sur la Terre de Rupert. Pendant un siècle et demi après 1670, seul le commerce des fourrures prospère. Les peuples autochtones sont prêts à faire des affaires. En effet, l’historienne métisse Olive Dickason avance, lors d’une interview à la radio de la CBC, que ce sont les Cris de la baie James qui ont en réalité fondé la CBH en montrant aux voyageurs Médard Chouart des Groseilliers et Pierre-Esprit Radisson les avantages d’ouvrir une route maritime par la baie d’Hudson. La Compagnie dépendait de la bonne volonté et de l’expertise de ses partenaires autochtones qui faisaient le commerce et le transport des fourrures sur la Terre de Rupert. Lorsque la Compagnie s’installe finalement à l’intérieur des terres, ce sera sur les terres que les chasseurs et les commerçants lui ont indiquées. En tant que peuples et commerçants indépendants, les Cris et les autres nations du nord-ouest entretiendront pendant un siècle et demi une relation prudente mais souvent harmonieuse avec les émissaires de la CBH, se traduisant par l’absence d’armées, l’absence de guerres contre les non-chrétiens et une faible présence coloniale sur leur territoire pendant 150 ans.

Comme la Compagnie de la Baie d’Hudson n’a jamais pu empêcher les commerçants autochtones de comparer ses offres à celles de ses concurrents à Montréal, même le monopole commercial sanctionné par la Couronne reste lettre morte. Les décennies se transforment en siècles, et la Charte de 1670, enfermée dans un coffre en fer verrouillé à la Maison de la Baie d’Hudson à Londres, n’est que rarement consultée.

La Charte est encore ignorée en 1849, lorsque le commerçant de fourrures métis Pierre-Guillaume Sayer sort libre d’une salle d’audience de la rivière Rouge, dans l’actuel Manitoba. Il restera impuni pour avoir défié le monopole de la Compagnie de la Baie d’Hudson sur le commerce des fourrures. « Le commerce est libre! » s’écrie-t-il devant une foule en liesse, qui tire alors des coups de feu en l’air pour célébrer l’événement. Sayer était l’un des leaders de la communauté métisse en plein essor de la rivière Rouge, qui pratiquait désormais l’agriculture, le piégeage, la chasse et le commerce à travers la Terre de Rupert sans réellement se soucier de l’emprise supposée que cette charte, désormais obsolète, avait conférée à la Compagnie de la Baie d’Hudson.

En laissant Sayer impuni pour avoir défié sa domination commerciale, la CBH confirme qu’elle n’a plus aucune volonté de défendre les privilèges que lui confère sa charte. De toute façon, la Compagnie n’a plus besoin de cette protection. En absorbant en 1821 son seul rival important, la Compagnie du Nord-Ouest de Montréal, la CBH s’assure un monopole commercial plutôt qu’un monopole décrété par la Charte. Ses centaines de comptoirs s’étendent finalement du nord-ouest du Québec jusqu’à la côte de la Colombie-Britannique et de la frontière américaine jusqu’aux îles de l’Extrême-Arctique. La Compagnie peut enfin imposer ses prix et ses conditions à ses partenaires autochtones. Sous la direction de George Simpson, gouverneur en chef, elle s’y emploie sans pitié.

Pour la CBH, la Charte est devenue autant un fardeau qu’une protection. Depuis que les Métis et les colons écossais de Lord Selkirk se sont établis au cœur du territoire de la Compagnie de la Baie d’Hudson, le long de la rivière Rouge, la société est dans l’obligation de gouverner judicieusement la Terre de Rupert, qui doit désormais se doter de tribunaux, d’un conseil de représentants et des moyens de défendre ses revendications territoriales face à la menace grandissante que représente l’expansion des États-Unis. Avec des comptoirs disséminés partout et une activité florissante qu’elle domine, la société doit gouverner la Terre de Rupert, un fardeau qu’elle ne souhaite pas porter et pour lequel elle ne dispose pas des compétences requises.

En 1869, alors que le nouveau Dominion du Canada s’engage à acquérir la Terre de Rupert dans le cadre de son propre plan directeur d’expansion vers le Pacifique et l’Arctique, la Compagnie de la Baie d’Hudson cède ses droits à la Couronne en signant un acte de cession. Elle devient enfin une simple société commerciale.

La Compagnie de la Baie d’Hudson mène des négociations acharnées pour conserver l’ensemble de ses droits et titres. Pour garantir le transfert du territoire, le Canada verse à la société 300 000 livres sterling, soit près de 1,5 million de dollars canadiens. La Compagnie de la Baie d’Hudson conserve également d’abondantes concessions foncières dans les régions fertiles convoitées pour la colonisation. Mais après avoir cédé ses droits, la société décide de conserver aussi sa charte de 1670. Compte tenu de la somme versée, le Canada aurait pu exiger qu’on lui remette la Charte. Mais le document reste entreposé au siège de Londres tandis que la CBH se transforme en promoteur immobilier et en géant de la grande distribution.

Entre-temps, la Terre de Rupert se révèle une acquisition difficile pour le gouvernement de la nouvelle nation canadienne. Les Métis de la rivière Rouge refusent d’être cédés au Canada sans avoir été consultés. Ils prennent les armes pour faire valoir leurs droits en tant que sujets britanniques, ce qui conduit à la création de la province du Manitoba en 1870 et à la négociation des titres fonciers des Métis. Et comme tant la Proclamation royale de 1763 que l’Acte de l’Amérique du Nord britannique de 1867 stipulent que les terres autochtones ne peuvent passer sous le contrôle des colons sans accord entre la Couronne et les Premières Nations, le Canada est tenu de reconnaître les titres fonciers autochtones sur l’ensemble de la Terre de Rupert et d’entamer des négociations en vue de la conclusion de traités. En 1871, le Canada, les Cris et les Anishinaabe du sud du Manitoba négocient le Traité n° 1 à Lower Fort Garry, juste au nord de Winnipeg. Au cours des cinquante années suivantes, dix autres traités seront conclus, couvrant l’ancien territoire de la Terre de Rupert et au-delà.

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En 1973, Shirlee Anne Smith, bibliothécaire et archiviste à la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH), quitte son domicile de Winnipeg pour s’installer temporairement à Londres. La CBH a décidé de devenir une société canadienne et de transférer son siège social au Canada — et la mission de Mme Smith consistait à s’assurer que son trésor historique soit transporté en toute sécurité. Les archives de la Compagnie, qui témoignent de 300 ans de relations avec les peuples autochtones, l’occupent pendant un an en Angleterre, avant qu’elle ne revienne à Winnipeg, accompagnée d’environ 18 tonnes de documents de la CBH. Le Manitoba et la CBH ont alors convenu que les archives de la Compagnie seront déposées sous forme de collection spéciale, dans le cadre d’un prêt à long terme, aux Archives du Manitoba, au cœur de l’ancienne Terre de Rupert.

Mme Smith a occupé le poste de conservatrice des archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson jusqu’à son départ à la retraite en 1990, et la collection est devenue un pôle d’attraction pour les chercheurs, qu’il s’agisse d’anthropologues, d’historiens, d’avocats spécialisés dans les revendications territoriales ou d’aînés autochtones. « Personne ne connaissait mieux qu’elle les activités de la société », a déclaré Judy Valenzuela, qui lui a succédé à ce poste. En 2007, l’UNESCO a officiellement inscrit la collection au registre « Mémoire du monde », qui recense les archives d’importance mondiale.

Dans les années 1990, l’avocat de Winnipeg Rolph Huband, qui a longtemps occupé les fonctions de secrétaire général et de vice-président de la CBH, estime qu’il est temps pour la société de se séparer de ses dernières collections historiques — et en 1993, les archives de la CBH font l’objet d’un don permanent aux Archives du Manitoba. Le Musée du Manitoba, qui exposait déjà la réplique grandeur nature du premier navire de commerce de la CBH, le Nonsuch, reçoit la collection de 28 000 objets historiques de la société, dont les cinq sixièmes sont des objets artisanaux et des outils autochtones. Certains seront présentés dans un musée que la société ouvre en 1920; ils deviendront alors des attractions phares attirant de nombreux visiteurs au Musée du Manitoba, qui s’est depuis agrandi. Ces dons considérables valent à la CBH une déduction fiscale de taille, que la société affecta à la création d’une fondation destinée à soutenir en permanence la préservation et l’exposition des objets et des archives de Winnipeg.

Accès à l’information

Et qu’en est-il de la Charte? La société décide dans les années 1970, puis à nouveau en 1993, de garder son acte fondateur pour elle seule. En 1974, alors que les archives de la CBH (dont neuf chartes supplémentaires) arrivent au Manitoba, l’original de la Charte est acheminé par avion à Toronto, qui vient de remplacer Winnipeg comme siège social de la CBH. Le document repose dans une vitrine scellée haute technologie, tout en haut d’une tour de bureaux, à l’abri des ravages du temps, mais ne peut être vu que par une poignée d’employés de la société et leurs invités.

Pourquoi ce précieux document, chargé d’une telle signification, n’est-il pas exposé à la vue de tous les Canadiens dans l’une de nos grandes institutions, à l’instar de l’astrolabe de Champlain, de la Loi constitutionnelle de 1982 ou de la sculpture de Bill Reid intitulée « Le Corbeau découvrant l’humanité »? À l’instar du chef Phil Fontaine, qui (comme indiqué précédemment) estime que la Charte et son interprétation auraient dû être confiées aux Autochtones canadiens, l’ancien gouverneur général Ed Schreyer émet des doutes quant à la nécessité que les Canadiens en assument aujourd’hui le coût. Schreyer était premier ministre du Manitoba lorsque les archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson ont été déposées pour la première fois aux Archives du Manitoba; il a récemment déclaré ne pas se souvenir qu’une exception ait été faite pour la Charte royale lors de la négociation de l’accord de prêt des archives de la CBH en 1973. La Charte nous appartenait-elle peut-être déjà?

Les archivistes consciencieux des Archives du Manitoba ont examiné les documents à l’approche de la vente aux enchères, et ont récemment précisé : « Les Archives du Manitoba peuvent confirmer que la Compagnie de la Baie d’Hudson n’a ni déposé la Charte royale en 1973, ni fait don de celle-ci en 1993. La Charte n’est d’ailleurs mentionnée ni dans l’accord de dépôt de 1973, ni dans l’accord de donation de 1993. » Il n’y avait ni Rolph Huband ni Shirlee Anne Smith au sein de la société en 2025, et en cette période de crise, ses liquidateurs étaient en droit de récupérer tout ce qu’ils pouvaient pour les créanciers.

Pourquoi la Charte n’est-elle pas exposée à la vue de tous les Canadiens?

Le cœur de l’affaire

Quel sens le public devrait-il y trouver? La Charte royale est un témoignage unique d’un moment décisif dans la longue histoire du Canada; son importance n’a pas été effacée par la disparition de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Elle atteste de la prétention d’un empire à s’approprier les terres des Premiers Peuples du Canada sans leur consentement. Et la question des titres fonciers reste d’actualité et fait l’objet de débats dans notre dialogue national sur la signification et la mise en œuvre des traités entre la Couronne et les Premières Nations.

À partir de 1871, le Canada qualifie les traités numérotés et autres accords conclus avec les Premières Nations de « cessions » et soutient qu’ils éteignent le titre autochtone sur l’ensemble du territoire qu’ils couvrent. En vertu de la Loi sur les Indiens de 1876, le Canada commence à déplacer les peuples autochtones ayant « conclu un traité » vers de petites réserves, où les agents des Indiens canadiens peuvent contrôler les activités économiques, saper les gouvernements autochtones et interdire les pratiques culturelles et les cérémonies. La Charte royale de 1670 n’est plus applicable, mais on agit comme si le pouvoir non assouvi du souverain sur les peuples autochtones a été transféré, et non abandonné.

De tout temps, les chefs et les anciens qui ont apposé leur marque sur les traités ont insisté sur le fait qu’ils les avaient négociés comme des accords de partage, et non comme des renonciations, et qu’ils n’avaient jamais accepté de céder leurs terres ni d’abandonner leur mode de vie. Au cours des dernières décennies, une vague de travaux universitaires, menés tant par des chercheurs autochtones que non autochtones, confirme que si les textes officiels des traités déposés à Ottawa contiennent les termes « céder, abandonner, renoncer et remettre », lors de chaque négociation de traité, les commissaires canadiens étaient tenus de promettre que « la terre serait toujours la vôtre », que « vous pourriez chasser et pêcher pour toujours » et que les réserves seraient des lieux « où aucun homme blanc ne pourrait vous importuner ». Les dirigeants des Premières Nations se souviennent de ces promesses. Lorsqu’ils évoquent la nécessité des traités, ils entendent par là des accords de partage, et non des renonciations.

L’avocat et écrivain cri Harold Johnson, aujourd’hui décédé, est né et a grandi dans ce que la Charte royale de 1670 appelait la Terre de Rupert. Dans son livre Two Families, Johnson affirme que les nouveaux arrivants au Canada ont tout à fait le droit d’être ici. Les traités signés avec ses ancêtres le garantissent. Pour valider ce droit, ajoute-t-il, il suffit aux nouveaux arrivants de respecter les traités. Peut-être qu’à l’avenir, lorsque des traités seront mis en œuvre, ceux qui viendront voir la Charte royale, où qu’elle soit exposée, sauront que ses revendications impériales appartiennent enfin au passé.


Sceller l’accord

Dans les années 1990, le regretté conservateur d’art canadien Kenneth Lockwood a été mandaté pour veiller à ce que la Charte soit correctement conservée. Comment s’y est-il pris pour protéger cet artefact, écrit avec une encre vieille de plusieurs siècles sur un parchemin en peau d’animal, contre les ravages du temps et des variations de température? La solution, a-t-il expliqué dans une interview de 1997, consiste à la placer dans une boîte climatisée et vitrée — et à s’assurer qu’elle est parfaitement hermétique. Cela peut sembler simple, mais en réalité, c’est tout le contraire. Pour sécuriser sa vitrine, Lockwood a consulté la NASA, dont l’expérience en matière de protection des astronautes contre le vide spatial en a fait un leader mondial des technologies d’étanchéité.

Cet article est paru dans le numéro automne 2026 du magazine Canada’s History

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