Les insoumis de l’Empire britannique

Sur quel fondement les Irlandais et les Bas-Canadiens ont-ils appuyé leur refus d’être dominés?

Écrit par Julie Guyot

8 avril 2019

Cet article s’inscrit d’abord dans le questionnement relatif à la tradition de pensée républicaine au Québec qui aurait été occultée, sinon confondue avec d’autres traditions politiques.

Et plus largement, il s’inscrit dans une perspective internationale (global context) cherchant à identifier du contenu universel, des points de jonction, voire des collaborations, entre différents mouvements républicains de l’Ère des Révolutions, tel que le propose l’historien des idées David Armitage avec son approche “outside in.”1

Pour ce faire, nous étudions l’espace discursif impérial / colonial entre l’Empire britannique, l’Irlande (décennie 1790) et le Bas-Canada (décennie 1830). Nous nous intéresserons particulièrement à la genèse de la pensée de deux des figures qui ont dominé les mouvements réformistes en Irlande et au Bas-Canada, soit : Theobald Wolfe Tone et Louis-Joseph Papineau.

Enfin, cette pensée anticoloniale, maintenant identifiée comme républicaine, est scrutée à l’aide du concept de “freedom / nondomination,” tel qu’élaboré par le philosophe Philip Pettit.2

Dans la première version de la Déclaration d’Indépendance américaine, Thomas Jefferson, le 3e président des États-Unis, stipule que le cours des événements peut mener un peuple subordonné politiquement à la nécessité de s’émanciper et de prendre place au sein des États de manière égale et indépendante. La loi de la Nature le lui permet.3

Également, lorsque Jefferson rédige, en 1774, l’adresse destinée au roi, A Summary View of the Rights of British America, et qu’il mentionne que c’est au nom des “united complaints of his majesty’s subjects in America,4 il ne se doute pas que le vocabulaire qu’il utilise, les idées et les principes qu’il met de l’avant seront effectivement repris intégralement par d’autres sujets de sa majesté en Amérique, quelque 50 ans plus tard, au Bas-Canada, notamment.

Usurpation, encroachments, injured rights, servility, absence of reciprocal advantages of their (British) Colonies, difference in the administration of justice,5 tout cela sera repris par Louis-Joseph Papineau et les députés Patriotes.

En voici un exemple :

La sollicitude paternelle du gouvernement qui nous fait manger la terre de dépit, […] a donné une législature à cette colonie britannique, dont on ne veut se servir que pour éblouir les masses, […] sa volonté, sa voix et ses lois [de la législature] ne sont pour rien quand cela contrarie les vues du gouvernement. On ne veut pas nous donner la peine de faire nos propres lois; on s’arroge le droit d’en faire, et on en fait illégalement pour nous. Depuis 40 ans nous sommes en lutte contre de telles prétentions; nous ne cessons de réclamer les droits de sujets britanniques, et rien de plus.6

Idées et principes également repris par Theobald Wolfe Tone et les United Irishmen, qui eux invoqueront la pensée du philosophe et activiste américain Thomas Paine et s’inspireront également de la Révolution française.

Cet article présente les origines idéologiques et politiques des mouvements de demandes de réformes constitutionnelles adressées à l’administration britannique. Mouvements qui ont précédé la Rébellion irlandaise de 1798 et les Rébellions bas-canadiennes de 1837–1838.7 Il sera également ici question du positionnement de ces mouvements de réformes dans le contexte international.

En première partie, nous aborderons la question de l’utilité de la comparaison historique Irlande / Bas-Canada. La seconde partie portera sur les héritages politiques et idéologiques sur lesquels Tone et Papineau ont appuyé leurs actions respectives.

Enfin la troisième partie fera état des objectifs qu’ils ont poursuivis et à travers lesquels s’exprime le républicanisme et s’articulent l’identité et la définition de la Nation.

Comparaison

Quelques mots sur l’utilité et l’intérêt plus particuliers d’une comparaison des origines idéologiques et politiques des mouvements irlandais et bas-canadien de réformes constitutionnelles.

Ils se situent dans la possibilité d’y faire ressortir notamment la portée d’une conscience internationale sur la réalité d’une dépendance, puis d’une affirmation nationale.

La dimension internationale de ces deux mouvements permet également qu’on puisse en avoir une compréhension moins étroite.

À cet effet, rappelons l’importance d’identifier les liens entre les différents mouvements de revendication démocratique, afin d’en faire ressortir le contenu universel et international.

David Armitage qualifie ces mouvements d’interdépendants, “interconnected,” se répondant et s’enrichissant les uns les autres. Il rebaptise d’ailleurs l’Ère des Révolutions the “Age of World Crisis,” afin d’illustrer le fait que les répercussions internationales de la Révolution américaine et de la Déclaration d’Indépendance américaine, notamment, n’étaient pas nécessairement dues à un cadre d’analyse national (voire nationaliste).

Les expériences de l’Irlande et du Bas-Canada au cours de la période 1750–1850 illustrent la thèse d’Armitage : l’Ère des Révolutions fut bien “a complex, broad, interconnected, and even global phenomenon8.

Bien sûr, entre les réalités irlandaise et bas-canadienne le nombre de points de comparaison possible est considérable, nous allons nous limiter à deux d’entre eux : celui de l’application des principes de la monarchie constitutionnelle et parlementaire britannique, et ceux chez Tone et Papineau du républicanisme et de la communauté politique souhaitée.

Présentation des personnages

Quelques mots de présentation biographique sur nos deux protagonistes.

Theobald Wolfe Tone

Dublinois, Theobald Wolfe Tone naît en 1763 et meurt en 1798. Son père est anglican et sa mère catholique convertie à l’anglicanisme. Fils de commerçant, il est diplômé en droit du Dublin Trinity College.

Tone, dont les mouvements des Volonteers de la décennie 1770 et des Patriots de 1780 ont rythmé la jeunesse, se mettra rapidement à la défense des intérêts politiques des catholiques, y voyant une façon de créer une « cause commune » entre tous les Irlandais.

En 1791, il sera invité à la fondation de la United Irishmen Association. L’année suivante, il sera nommé au poste clé de secrétaire du très militant Catholic Committee.

Tone incarnera l’une des figures marquantes du mouvement d’autonomie irlandaise, puis, finalement, d’indépendance nationale. Son militantisme politique le mènera aux États-Unis (juin 1795), puis dans la France du Directoire (de février 1796 à septembre 1798).

Louis-Joseph Papineau, Président de la Chambre d’assemblée du Bas-Canada

Pour sa part, à compter de 1815 et jusqu’au Soulèvement de 1837, Louis-Joseph Papineau est l’homme politique le plus important du Bas-Canada, du moins, la figure la plus influente de la Chambre d’assemblée.

Au cours de toutes ces années, peu importe les stratégies employées, le Président de la Chambre vise à développer la place de cette institution représentative au sein de l’appareil gouvernemental.

Pour ce faire, Papineau utilisera l’argument démocratique. Montréalais d’origine, né en 1786 et décédé en 1871, il était fils d’un notaire-député. Il fut avocat, homme politique et seigneur.

En 1817, il est chef du Parti Canadien, majoritaire à l’Assemblée et qui deviendra le Parti Patriote à compter de 1826. Papineau demeure chef du Parti jusqu’en 1837, moment des Rébellions.

Communauté politique souhaitée

C’est la volonté de modifier le type de liens à l’Angleterre qui fut le premier levier pour les demandes de réformes constitutionnelles et parlementaires, tant en Irlande, qu’au Bas-Canada. Davantage d’autonomie impliquait une lutte au patronage et à la corruption.

Pour l’Irlande, le fait d’arriver à se faire entendre par le Gouvernement irlandais, puis par le Parlement de Londres rendait indispensable une alliance au sein de l’opinion publique, donc interconfessionnelle.

Au Bas-Canada, le problème était différent. La portion réformiste et nettement majoritaire de l’opinion publique n’arrivait pas à être considérée ni par l’administration locale, ni par Londres.

Dans les deux cas, c’est après maintes requêtes et tentatives de conciliation auprès des autorités, et devant le constat qu’aucune modification radicale n’allait être possible sans un changement de régime politique, qu’un vent de républicanisme s’est mis à souffler.

Héritages

Pensée et discours politique

Les composantes républicaines présentes dans la pensée et le discours de Tone et de Papineau sont fidèles à la pensée républicaine de la fin du XVIIIe siècle, à laquelle on reprochait d’ailleurs parfois le caractère équivoque. Jefferson lui-même reconnaît que “the term republic is of very vague application in every language.9

Exprimant sa propre conception du terme, il écrit : “it means a governement by its citizens in mass, acting directly and personally, according to rules established by the majority,” mais reconnaissant que ce type de pratique est illusoire sur un grand territoire à vaste population, il ajoute : “the power of government, being divided, should be exercised each by representatives chosen either pro hac vice, or for such a short term as should render secure the duty of expressing the will of their constituents.”10

Ainsi, l’organe politique le plus républicain du régime américain est la Chambre des représentants.

C’est cette confiance dans « le peuple et ses vertus, »11 dans la participation populaire aux affaires publiques comme barrière à la corruption qui fit de Jefferson le premier grand représentant du républicanisme classique aux États-Unis.

Papineau, à l’instar de Jefferson, mettra une grande part de son énergie à l’affirmation des droits de la Chambre d’assemblée du Bas-Canada, et à la dénonciation du principe aristocratique à la base de l’existence du Conseil législatif, revendiquant soit son abolition, soit sa réforme en incluant l’élection de ses membres.

Pour sa part, Tone rappelle également Jefferson lorsqu’en 1791, dans son célèbre pamphlet An Argument on Behalf of Catholics of Ireland, il insiste : “Ireland requires a strength in the people which may enable them, if necessary, to counteract the influence its government.12

Se maintenir à l’écart de la corruption, c’est essentiel pour préserver sa liberté, tant individuelle que collective. Et c’est cette emphase première, qui est mise sur la définition du concept de liberté, qui distingue le républicanisme classique de toute autre philosophie politique.

Cette liberté républicaine, c’est ne pas avoir à subir les affres du pouvoir arbitraire, qu’il soit public (imperium) ou privé (dominium). C’est, selon l’expression de Philip Pettit, la “nondomination,” le refus d’être dominé.13

Plus concrètement, qu’en est-il donc du républicanisme chez Tone?

Sa pensée politique comportait trois éléments centraux : le respect des droits naturels et inaliénables des individus, le respect des obligations morales tacites contenues dans le contrat social entre les gouvernants et les gouvernés et la revendication pour l’Irlande que l’on mette un terme à l’influence omniprésente de l’Angleterre, notamment dans les domaines politiques  et commerciaux.

De façon pragmatique, l’objectif premier poursuivi par Tone en début de carrière était de “hacking off the branches of Irish political corruption.”14 Pour ce faire, une réforme du Parlement irlandais était nécessaire, de manière à éliminer la présence anglaise dans l’exécutif.

Dans les mots de Tone, il fallait mettre fin au despotisme : “The British revolution of 1688, which is said to have given a constitution and restored liberty in England, had indisputably a contrary effect in Ireland and  plunged that people into a state of misery and suffering scarcely to be imagined.15 Le passage de Tone aux États-Unis (1795) et en France (1796–1798) aurait d’ailleurs joué un rôle dans sa progression vers un projet révolutionnaire.16

La rhétorique, l’admiration pour les vertus martiales, sa position en regard de la religion et sa préférence pour un gouvernement fort fondé sur la participation populaire font de Tone une figure républicaine typique pour l’époque.

Et qu’en est-il donc du républicanisme chez Papineau?

Dans le cas de Papineau, parmi ses soucis premiers, il y avait la séparation des pouvoirs et le respect des droits de l’Homme. Il fut donc d’abord question de respect de la démocratie en régime parlementaire britannique, donc de droits constitutionnels britanniques.

Puis, dans un second temps, d’affirmation des droits de la majorité à travers les vœux de leurs représentants, ce qui peut être interprété comme une affirmation de la Nation.

Quant à la question de l’État, Papineau a, dans un premier temps, revendiqué l’autonomie locale, notamment en matière de gestion des dépenses pour la colonie.

La séparation entre la colonie et la métropole britannique ne fut pas à l’ordre du jour avant le printemps 1837. À travers ces revendications de droits, c’était la liberté au sens de “nondomination” que Papineau et le Parti Patriote exigeaient.

La conscience de l’américanité au Bas-Canada et le refus de Londres d’obtempérer aux demandes de réformes mèneront Papineau vers l’abandon progressif d’un britannisme initial au profit d’un anticolonialisme qui s’exprime dans le langage du républicanisme classique — ou humanisme civique — : dénonciation de la corruption et valorisation de la vertu citoyenne.

En effet, tel que l’explique Peter Onuf dans une réflexion sur la nation et l’État républicain : “for peoples seeking to determine their own political destiny and so to participate in the democratizing modern world, nationhood is clearly a great boon, not a source of agonized ambivalence.17

Objectifs

Identité

En ce sens, l’observation de l’historien Jim Smyth selon laquelle “over the Long XVIIIth century, Britishness failed with Irish and Lower-Canadians18 est extrêmement pertinente. Et cet échec est attribuable, tel que l’explique l’historien Richard LaRue, au choix effectué par l’Angleterre de faire dominer l’origine sur l’allégeance dans l’attribution de l’identité politique.19

Pour illustrer ces deux constats, rappelons que Tone identifie deux causes principales aux problèmes entre l’Irlande et la Grande-Bretagne : la corruption du gouvernement irlandais, mais également la philosophie entretenue par le Parlement anglais à l’égard de l’Irlande.

À propos de ses objectifs, il écrira en août 1796 :

(…) To subvert the tyranny of our execrable government, to break the connection with England, the never-failing source of all our political evils, and to assert the independence of my country — these were my objects.20

Et précisant les moyens pour y arriver :

To unite the whole people of Ireland, to abolish  the memory of all past dissensions, and to substitute the common name of Irishman in place of the denominations of Protestant, Catholic and Dissenter — there were my means.21

En ce qui concerne l’identité politique bas-canadienne, Papineau tente de faire accepter à Londres le cadrage de l’allégeance sur l’origine. Ainsi, Papineau reconnaît l’Angleterre comme pays des libertés politiques, mais il dénonce en même temps un système d’influence au Bas-Canada par lequel elle se déshonorait.

C’est que les Canadiens étaient ainsi dépossédés de leurs droits acquis en tant que sujets britanniques. Il dira en mars 1831 : « Si l’Angleterre nous a traités comme des sujets britanniques le doivent-être, elle a un titre à notre soumission et à notre reconnaissance. »22

Évoquant donc un pacte social qui « seul lie les sujets à l’autorité », et rappelant les privilèges acquis par les habitants du territoire au moment de « la cession de la province », il ajoute que ces privilèges acquis et constituant des droits de naissance devaient être respectés.

Papineau met en garde, que sans ce respect, l’Angleterre « n’aurait droit à notre reconnaissance dans aucun tems (sic) et à notre soumission qu’aussi longtems (sic) qu’elle serait forte. »23

On saisit ici que s’expriment à propos de l’allégeance à l’Empire, la détérioration des bons sentiments et l’allusion au simple rapport de force. Enfin, tel que l’avançait l’historien Yvan Lamonde, on comprend également que les « distinctions nationales » étaient « davantage le fait — occulté — du système oligarchique colonial que des Patriotes bas-canadiens. »24

Nation

Ce qui nous amène à la représentation de la Nation chez Theobald Wolfe Tone et chez Louis-Joseph Papineau.

Theobald Wolfe Tone

En 1791, Tone désire faire germer dans l’esprit de tous, mais surtout dans celui des anglicans, l’idée d’atteindre “a complete and radical emancipationof Ireland by a reform in the representation of the people.25 Il insistera : “This object can only be attained by a reform in parliament, and no reform is practicable that shall not include the Catholics.”

Enfin, en 1796, il s’adresse au « peuple irlandais » sans réserver ce titre à un groupe en particulier. Il réitère alors sa vision unifiée de la société irlandaise et dénonce vivement à la fois la monarchie constitutionnelle britannique et l’union entre l’Église et l’État :

It will be the interest as well as the duty of a national government to redress their grievances and to enlighten their minds. The unnatural union between church and state, which has degradated religion into an engine of policy, will be dissolved. […] To say all in one word, Ireland shall be independent. We shall be a nation, not a province; citizens, not slaves.26

Ainsi, Tone met de l’avant l’idée que la « cause commune » de tous les Irlandais représente la matrice de la Nation irlandaise, peu importe les allégeances religieuses.

Cette cause commune fut d’abord l’abolition des privilèges, pour ensuite devenir, en 1795, l’affirmation de leurs droits collectifs et individuels, dans le sens proposé par Thomas Paine dans The Rights of Man.

Louis-Joseph Papineau

C’est encore à titre de « sujets britanniques » qu’en février 1836 il défend le pouvoir de l’Assemblée du Bas-Canada et le poids qu’y exerce la majorité canadienne. Alors que Londres avait décidé de maintenir inchangées les institutions politiques de la colonie, Papineau réplique :

La sollicitude paternelle du gouvernement qui nous fait manger la terre de dépit, […] a donné une législature à cette colonie britannique, dont on ne veut se servir que pour éblouir les masses, […] sa volonté, sa voix et ses lois ne sont pour rien quand cela contrarie les vues du gouvernement. On ne veut pas nous donner la peine de faire nos propres lois; on s’arroge le droit d’en faire, et on en fait illégalement pour nous. Depuis 40 ans nous sommes en lutte contre de telles prétentions; nous ne cessons de réclamer les droits de sujets britanniques, et rien de plus.27

Il est important de saisir l’ampleur de la revendication de Papineau lorsqu’il proclame « les droits de sujets britanniques, et rien de plus. »

Ces droits qu’il réclame tant constituent l’une des qualités essentielles à l’accession au titre de sujets britanniques et à l’existence politique dans l’égalité en territoire britannique. Cependant, n’est pas « britannique » qui veut.

Conclusion

Parlant de républicanisme, il faut préciser que c’est d’abord sur le plan de l’équilibre du pouvoir et de l’opposition à la tyrannie, de même que de la séparation de l’Église et de l’État que les discours de Tone et de Papineau peuvent être considérés comme républicains.

Ils ont également tous les deux insisté sur la qualité des mœurs citoyennes au sein de leur population respective.

Essentiellement, ils ont interprété la philosophie politique républicaine comme un moyen de mettre fin à un système de corruption et de privilèges, et aussi d’accéder à une administration publique plus égalitaire.

Tone, l’Européen et partisan de l’émancipation des catholiques, mettra de l’avant l’exemple français, alors que Papineau, le Nord-Américain, tournera son regard vers les États-Unis.

Il est cependant également intéressant de relever que Tone rappelle fréquemment la pensée de Thomas Paine dans ses écrits, alors que Papineau fera davantage référence au président Thomas Jefferson et à l’exemplarité des institutions américaines.

Chacun misait sur l’avenir de sa communauté. Le modèle parlementaire britannique avait été porteur d’espoir, mais il était devenu nécessaire de s’en émanciper afin d’offrir à la population irlandaise et bas-canadienne ce à quoi l’Angleterre, la France et les États-Unis tendaient, c’est-à-dire que le pouvoir soit mis entre les mains de la majorité démocratique.

Ainsi, Tone et Papineau avaient d’abord fait preuve de britannisme, puis sont progressivement  devenus  autonomistes, arborant des allégeances whig, pour enfin embrasser la cause républicaine.

Paine dans ses écrits, alors que Papineau fera davantage référence au président Thomas Jefferson et à l’exemplarité des institutions américaines.

Chacun misait sur l’avenir de sa communauté. Le modèle parlementaire britannique avait été porteur d’espoir, mais il était devenu nécessaire de s’en émanciper afin d’offrir à la population irlandaise et bas-canadienne ce à quoi l’Angleterre, la France et les États-Unis tendaient, c’est-à-dire que le pouvoir soit mis entre les mains de la majorité démocratique.

Ainsi, Tone et Papineau avaient d’abord fait preuve de britannisme, puis sont progressivement  devenus  autonomistes, arborant des allégeances whig, pour enfin embrasser la cause républicaine.

Julie Guyot est professeure d’histoire au cégep Édouard-Montpetit, doctorante à l’École d’Études irlandaises de l’Université Concordia et auteure de l’ouvrage : Les insoumis de l’Empire. Le refus de la domination coloniale au Bas-Canada et en Irlande (1790–1840).

Cet article est paru à l’origine dans la revue Traces, volume 56, numéro 1, hiver 2018, pages 30 à 35. La revue est publiée par la Société des professeurs d’histoire du Québec (SPHQ).

La SPHQ a pour mission de promouvoir l’enseignement de l’histoire au Québec sous tous ses aspects, auprès de ses membres et de la population en général et de contribuer à assurer la transmission de l’information et le développement des professionnels de l’enseignement.


1 The Declaration of Independence. A Global History. (Cambridge: Harvard University Press, 2007).

Republicanism: A Theory of Freedom and Government. (New York: Oxford University Press, 1997).

​3 David Armitage, op. cit., p. 157–164.

4 Thomas Jefferson, Writings. Public Papers. Addresses, Messages and Replies. Letters, ed. Merrill D. Peterson (New York: The Library of America, 1984), p. 105.

5 Ibid.

6 Louis-Joseph Papineau, « Parlement provincial du Bas-Canada : Conclusion des débats de lundi dernier [Discours de Sir John Colborne, 15 février 1836] », dans Yvan Lamonde et Claude Larin, Louis-Joseph Papineau. Un demi-siècle de combats. Interventions publiques. (Montréal, Fides, 1998), p. 379.

7 Pour une analyse exhaustive, voir : Julie Guyot, Les insoumis de l’Empire. Le refus de la domination coloniale au Bas-Canada et en Irlande, 1790–1840. (Québec : Septentrion, 2016).

8 David Armitage, The Declaration of Independence. A Global History, Cambridge, Harward University press, 2008, p. 141; D. Armitage and S. Subrahmanyam (dirs), The Age of Revolution in Global Context, 1760–1840, p. xxii, xxix, xxxi-xxxii.

9 Jefferson, ‘‘The test of Republicanism. To John Taylor, Monticello, 28 mai, 1816’’, in Writings… op. cit., p. 1392.

10 Ibid., p. 1392–1393.

11 Écrits politiques, Thomas Jefferson 1743–1826, préface de Jean-Philippe Feldman. (Paris : Les Belles Lettres, 2006), p. 25.

12 ‘‘An Argument on Behalf of Irish Catholics of Ireland’’ [1791], in Thomas Bartlett (dir. publ.), Life of Theobald Wolfe Tone: Memoirs, journals and political writings. (Dublin: Lilliput, 1998), p. 282.

13 Philip Pettit, ‘‘Keeping Republican Freedom Simple. On a difference with Quentin Skinner’’, Political Theory, vol 30, no 3 (June 2002), p. 340, 352.

14 Nancy Curtin, ‘‘The Belfast Uniform: Theobald Wolfe Tone’’. Eire/ Ireland, vol. 20, no 2 (été 1985), p. 50.

15 ‘‘Address to the People of Ireland’’ [1796], in Thomas Bartlett (dir. publ.), op. cit., p. 694.

16 Thomas Bartlett (dir. publ.), Ibid., p. xxxi.

17 Peter, S. Onuf, Jefferson’s Empire. The Language of American Nationhood (Charlottesville : University Press of Virginia, 2000), p. 17.

18 Jim Smyth, The Making of the United Kingdom, 1660–1800. (London: Longman, 2001), p. xii.

19 Richard LaRue, « Allégeance et origine : contribution à l’analyse de la crise politique au Bas-Canada ». Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 44, no 4 (printemps 1991), p. 531–536.

20 Theobald Wolfe Tone, "An Address to the People of Ireland on the Present Important Crisis" (1796), in Thomas Bartlett (dir. publ.), op. cit., p. 684.

21 Ibid., p. 706.

22 Louis-Joseph Papineau, « Parlement provincial du Bas-Canada : État du pays [abolition du Conseil législatif, 11 mars 1831] », dans Yvan Lamonde et Claude Larin, op. cit., p. 156.

23 Ibid.

24 Yvan Lamonde. Histoire sociale des idées au Québec, 1760– 1896. (Montréal : Fides, 2000), p. 279.

25 ‘‘Spanish War!’’ [1790], in Thomas Bartlett (dir. publ.), op. cit., p. 286.

26 Theobald Wolfe Tone, ‘‘An Address to the People of Ireland on the Present Important Crisis’’ (1796), In Thomas Bartlett (dir. publ.), op. cit., p. 684. Les italiques sont de T. W. Tone.

27 Louis-Joseph Papineau, « Parlement provincial du Bas-Canada : Conclusion des débats de lundi dernier [Discours de Sir John Colborne, 15 février 1836] », dans Yvan Lamonde et Claude Larin, op. cit., p. 379.

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