La « neutralité américaine » ? Les États du Nord, Martin Van Buren, et la réaction américaine à la Rébellion de 1837-38
En fin décembre 1837, un groupe de loyalistes du Haut-Canada et de miliciens britanniques, sous le leadership d’Allan MacNab et du capitaine de la marine royale Andrew Drew, traversent la rivière Niagara et entrent en territoire américain dans le nord de l’État de New York. Ils capturent un navire américain (Caroline), le pillent, y mettent le feu et le jettent à la dérive près des chutes du Niagara. Alors que les journaux américains affirment initialement que 22 Américains sont morts dans l’attaque (The United States Gazette, January 6, 1838), un Américain d’origine africaine, nommé Amos Durfee, est tué (Rea, 2003).
Suivant la destruction de ce navire américain par les Britanniques, les journaux américains tentent frénétiquement de comprendre ce qui s’est passé, imprimant de nombreux articles sur le sujet et débattent comment les États-Unis et le gouvernement fédéral devaient répondre à cet acte d’agression sur sol américain. Les Américains des états du Nord appellent à la vengeance. En envahissant le territoire américain, en détruisant un navire américain et surtout en tuant un citoyen américain, la Grande-Bretagne a commis un acte de guerre contre les États-Unis et doit être punie.
Une troisième guerre anglo-américaine — les deux premières étant la guerre d’indépendance américaine et la guerre de 1812 — semble inévitable. Bien que les esprits se soient calmés et que les États-Unis et la Grande-Bretagne ne soient pas entrés en guerre pour une troisième fois, cet épisode révèle un fait que peu au Canada saisissent encore pleinement: la rébellion canadienne de 1837-1838 a eu des répercussions importantes aux États-Unis.
La plupart d’entre nous connaissent bien l’histoire de la Rébellion de 1837-38 : l’histoire des patriotes du Bas Canada et des « reformers » du Haut Canada, leurs victoires et leurs défaites, les expulsions, les exécutions. Nous connaissons les enjeux sociaux, politiques et économiques dans un contexte canadien et leurs conséquences sur le Canada. Cependant, la Rébellion est également un important événement américain, avec des conséquences majeures aux États-Unis. Qu’ils l’aient voulu ou non, les Américains ont été entraînés dans ce conflit « canadien ».
Suivant les défaites de novembre et décembre 1837 et la destruction du Caroline, plusieurs patriotes et « reformers » ont trouvé refuge dans les villes frontalières du Nord des États-Unis où ils tentèrent de recruter l’aide d’Américains. Ils ont rencontré des dirigeants et des politiciens locaux et ont visité Boston, New York et Philadelphie à la recherche de soutien financier et militaire. Bien qu’ils aient échoué à obtenir le soutien du gouvernement fédéral et du président Martin Van Buren, ils ont eu plus de succès au niveau local.
Tout au long des régions frontalières du Michigan, du Vermont, du Maine, de New York et de l’Ohio, les Américains exprimèrent leurs sympathies pour les révolutionnaires canadiens et joignirent des sociétés secrètes connues sous le nom de Hunter’s Lodges. Par milliers, ils s’engagèrent à libérer le Canada de l'impérialisme britannique et à aider les Canadiens dans ce que plusieurs appelèrent la « Révolution canadienne. »
La Rébellion a eu un impact majeur aux États-Unis et dans ce court texte, nous discuterons de la réaction des Américains dans les états du Nord, de la « neutralité» de Martin Van Buren et de son impact négatif sur sa popularité dans la région.
Réaction dans les états du Nord
Suivant l’attaque sur le navire Caroline, de nombreux Américains sont insatisfaits de la réaction de leur gouvernement face à la destruction d’un navire américain aux mains des Britanniques. Celui-ci, comme nous discuterons plus tard, choisit de rester neutre. Les rédacteurs en chef de journaux critiquent ouvertement cette position. Non seulement parce qu’ils estiment qu’un acte de guerre aussi vicieux sur le territoire américain doit être puni, mais parce qu’ils supportent également les rebelles canadiens, comparant leurs chefs, Mackenzie et Papineau, aux « héros de 1776 », tel que « Thomas Jefferson, Ben Franklin et George Washington ». Selon eux, les Canadiens se battent pour quelque chose de juste : leur liberté (par exemple, The Pennsylvania Inquirer and Daily Courier, 3 janvier 1838).
Même si certains journaux nordistes ne supportent pas la rébellion — par exemple, selon New York Gazette et New York Courier and Inquirer, les lamentations des rebelles sont « imaginaires » et ils sont « insensés » de se révolter contre un gouvernement britannique « juste » (New York Courier and Inquirer, cité dans Pennsylvania Inquirer and Daily Courier, 19 décembre 1837 et 1er janvier 1838) — la majorité supporte la rébellion, même si certains ne souhaitent pas que les États-Unis y participent (voir Dagenais, 2017).
Dans le Vermont, par exemple, plusieurs journaux tels que The Burlington Free Press et The Burlington Sentinel applaudissent les rebelles. Le Vermont Mercury affirme même que les Britanniques et les loyalistes sont des « instruments enragés et sans scrupules » de la tyrannie britannique (Vermont Mercury, 8 décembre 1837). Selon le même journal, les journaux du Vermont étaient « unanimement favorables à la cause patriote » (Vermont Mercury, 29 décembre 1837).
À Rochester, dans l’état de New York, The Rochester Democrat and the Daily Advertiser écrit plusieurs articles en faveur de la Rébellion. Même à Philadelphie, le Public Ledger maintient que la Rébellion est « juste » et que ça fait déjà plusieurs années que le gouvernement britannique mène une politique de « coercition et d’oppression» contre la population de la colonie (Public Ledger, 28 novembre 1837 & 12 & 16 décembre 1837).
Espérant profiter de ce sentiment antibritannique, de nombreux rebelles ont voyagé de Boston à Washington à la recherche de soutien financier et militaire. En général, la population locale était très favorable à la Rébellion. Par exemple, le gouverneur de New York, William Marcy, et le général John E. Wool parlent positivement de la Rébellion à Louis-Joseph Papineau, Wool suggérant même qu'il pourrait les mener au combat (Duffy & Mueller, 158).
Dans les états du Vermont et de New York, de St Albans et Swanton à Plattsburgh et Burlington, les communautés locales font des dons d’armes et fabriquent des munitions (Duffy, 159-60). Les populations locales organisent également des assemblées publiques en faveur de la Rébellion. Par exemple, au début 1838, la population de Chelsea, Vermont organise une assemblée en faveur des rebelles, promettant de leur fournir des armes et des munitions (Bernard, 257-8). À Barre, Vermont, la population déclare son soutien à la Rébellion (Vermont Watchman, 29 janvier 1838). D'autres réunions similaires ont eu lieu à Swanton, Burlington, Middlebury et St. Albans (Duffy & Mueller, 162).
Les rebelles peuvent également compter sur le soutien de la population américaine au sud des Grands Lacs. En Ohio, par exemple, le Dr Samuel Underhill, rédacteur en chef de deux journaux de Cleveland, Cleveland Liberalist et Bald Eagle, organise des rassemblements publics pour fournir des armes et des munitions aux rebelles et pour faire appel à tous « à faire la cause [des patriotes] la nôtre » (Bonthius, 2019, 151). En Pennsylvanie, la population organise des assemblées. Le 17 novembre 1838, par exemple, les « Sympathizing Friends of Canada » tiennent un rassemblement en faveur de la Rébellion (Dagenais 14, 2017).
Selon les journaux locaux, plus de cinq mille personnes y assistent. Présidée par un avocat de Philadelphie, Levi Taylor, les « Amis du Canada » ont assisté au discours de deux héros rebelles: William Lyon MacKenzie, leadeur de la rébellion dans le Haut-Canada, et Alexander Theller, un immigrant irlando-américain. Suivant ces discours, les habitants collectent des fonds pour les familles canadiennes qui ont souffert aux mains des forces britanniques et loyalistes.
Cependant, certains étaient prêts à faire plus que des dons d’armes et de munitions et des sommes d’argent. Certains voulaient se battre aux côtés des rebelles. Dans les états du Michigan, du Vermont, de New York, du Maine, et de l’Ohio, plusieurs Américains, exprimant leur sympathie pour ce qu'ils appellent « la révolution canadienne », sont devenus membres de sociétés secrètes, connues sous le nom de « loges des chasseurs », qui s'engagèrent à libérer les colonies canadiennes de la « tyrannie britannique ».
Créés en fin 1837 par Robert Nelson, un des leadeurs de la Rébellion au Bas-Canada, les loges chasseurs se multiplient dans les états nordistes, avec des « Grandes-Loges » à St. Albans (Vermont), Cleveland (Ohio), Rochester (New York), Buffalo (New York) et Détroit (Michigan). Toutefois, nous ne savons pas exactement combien d’Américains sont devenus membres de ces sociétés secrètes — les sources contemporaines américaines et britanniques estiment de 15 000 à 200 000 membres. Nous savons, cependant, que leurs influences étaient suffisamment importantes et que leur risque de nuire à la neutralité entre les États-Unis et la Grande-Bretagne étaient suffisamment sérieux que le président des États-Unis, Martin Van Buren, envoya une force militaire sous la commande d’un de ses généraux les plus célèbres, le général Winfield Scott, héros de la guerre de 1812, pour arrêter tous Canadiens ou Américains qui causaient des troubles à la frontière.
La popularité des rebelles était si sérieuse que Scott et ses généraux se plaignaient d’être impuissants dans la région : la population locale, incluant les leadeurs politiques, était « favorable à la cause des Patriotes ». Les responsables d’arsenal fournissaient non seulement des armes aux rebelles, mais les milices locales étaient, selon Scott, « infectées » de sympathies pour la Rébellion (Kaufman & Soares, 2006).
Or, pourquoi tant d’Américains étaient-ils prêts à ignorer la neutralité de leur gouvernement et de risquer d’être emprisonnés pour aider les Canadiens? Pour certains, il y avait une croyance idéaliste pour l’indépendance du Canada et pour d’autres, les vestiges d’un sentiment antibritannique. Il y avait également le goût de l’aventure et la recherche du profit. Plus récemment, certains.es historiens.nes ont identifié des frustrations profondes liées à la « révolution du marché » et à la « démocratie jacksonienne ».
Selon Andrew Bonthius et Thomas Richards, Jr., plusieurs Americans se sentaient aliénés par un États-Unis qui ne profitait qu’à l’aristocratie fortunée des grandes villes telles que Boston, New York, et Philadelphie. Ils espéraient donc profiter du contexte de la Rébellion pour créer un nouveau pays, plus égalitaire et démocratique, où ils pourraient obtenir le pouvoir politique et financier qui leur manquait aux États-Unis (voir: Bonthius, 2003 & 2019; Richards, Jr. 2020).
Les activités militaires des chasseurs atteignent leur apogée en novembre et décembre 1838. Sans soutien officiel du gouvernement fédéral américain, les rebelles canadiens et leurs alliés américains attaquent le Haut et le Bas-Canada. Menée par Robert Nelson, une force traverse la frontière du Bas-Canada le 4 novembre 1838 et s'établit à Napierville. À court d’armes et d’effectifs, ils sont rapidement vaincus à Lacolle (7 novembre), Odelltown (9 novembre) et Beauharnois (10 novembre), et se dispersent.
L'invasion du Haut-Canada est également un échec. Le 11 novembre 1838, un groupe de 250 chasseurs américains et canadiens est défait à la bataille du Moulin-à-Vent (près de Kingston). Quelques semaines plus tard, le 4 décembre 1838, un autre groupe de 400 chasseurs américains et canadiens traverse la rivière Détroit et affronte les Britanniques à la bataille de Windsor. La bataille se termine par une défaite retentissante des chasseurs. Cette bataille est le dernier affrontement militaire majeur de la Rébellion canadienne.
La « neutralité américaine » de Martin Van Buren et son impact sur sa popularité dans la région
Comme j’ai mentionné, peu après la destruction du Caroline, le président des États-Unis, Martin Van Buren, cherche à calmer les esprits et à éviter une troisième guerre avec la Grande-Bretagne. Il agit rapidement. Le 5 janvier 1838, le gouvernement fédéral adopte une position officielle de neutralité. Les Américains, et en particulier les Nordistes qui supportent la rébellion, doivent rester neutres : il était interdit de participer dans la Rébellion ou d’envoyer des armes, des munitions, ou des sommes d’argent aux rebelles.
Les historiens.nes ont identifié certains facteurs expliquant pourquoi Van Buren a choisi la neutralité. Premièrement, le gouvernement fédéral n'était tout simplement pas prêt à entrer en guerre, pour une troisième fois, avec la Grande-Bretagne. Plus importants, suivant la guerre de 1812, la Grande-Bretagne et les États-Unis sont devenus d’importants partenaires commerciaux (Opal, 2019). La Grande-Bretagne était la plus grande importatrice de coton provenant des États-Unis et elle investit d’importantes sommes d’argent dans des projets américains tels que la construction de canaux, comme le canal Érié, et de chemins de fer, comme le New York Central Railroad, le Michigan Central Railroad et le Pennsylvania Railroad (Ballseisen, 33-34 & 37-38; Thistlethwaite, 22).
Les entrepreneurs britanniques ont investi tellement d’argent aux États-Unis que certains historien.ne.s ont suggéré que c'était l’argent britannique qui avait « nourri » l’expansionnisme américain (Matzke 2001, 22-23; Davis, 57; Thistlethwaite, 19-22). Selon l’historien Frank Thistlethwaite, plus de 125 millions de dollars ont été investis aux États-Unis, la plupart provenant des Britanniques, dans les années précédant la Rébellion (Thistlethwaite, 22). En conséquence, le gouvernement fédéral ne pouvait pas se permettre de perdre le soutien financier des Britanniques et tenta tout pour prévenir sa population nordiste de participer dans la Rébellion et de causer du trouble avec la Grande-Bretagne.
Il y a également une raison plus sinistre qui explique la neutralité du gouvernement fédéral : l’esclavage (voir Dagenais, 2019). Comme j’ai proposé dans un article intitulé « La Rébellion canadienne, le sud des États-Unis et l'esclavage, » les combats entre les États abolitionnistes du Nord et les États esclavagistes du Sud ont joué un rôle critique dans la manière dont le gouvernement fédéral de Van Buren réagi à la Rébellion. Plusieurs Nordistes espéraient que la création de deux républiques libres, dans le Haut et le Bas-Canada, fassent contrepoids à l’inclusion du Texas, un État esclavagiste (Dagenais, 2023).
La perspective de deux Canada libres et indépendants — dont plusieurs espéraient voir ajoutés aux États-Unis en tant qu’États libres — aurait fait pencher la balance en faveur des États libres. Cependant, comme les politiciens favorables à l'esclavage détiennent beaucoup de pouvoir au sein du gouvernement fédéral et de la politique externe américaine, ils utilisent leur influence pour faire pression en faveur de la neutralité et pour s’assurer que les actions des habitants du Nord ne mènent pas à la création de deux républiques « libres » (Dagenais, 2019).
En conséquence, la neutralité de Van Buren a souvent été critiquée par les partisans de la Rébellion, ce qui, comme nous allons voir, a eu un impact majeur sur sa popularité dans la région. Par exemple, le rédacteur en chef du Public Ledger critique la position de Van Buren, affirmant que le commerce et les intérêts britanniques étaient au centre de cette position (The Public Ledger, 12 juin 1838 & 17 novembre 1838). D’autres ont également critiqué la position contradictoire du gouvernement fédéral vis-à-vis de sa neutralité envers le Canada et le Texas.
Les populations du Haut et Bas Canada ne sont pas les seuls à s’être rebellés le long de la frontière américaine dans la seconde moitié des années 1830. En 1835-1836, les Américains vivant au Texas — une province mexicaine à l'époque — et les Tejanos (colons espagnols vivant au Texas) se rebellent contre un gouvernement mexicain qui centralise de plus en plus son autorité au Mexique. Bien que le gouvernement fédéral d’Andrew Jackson, le président des États-Unis à l’époque, et de Martin Van Buren, son vice-président, déclarent la neutralité des États-Unis, leur réaction à la révolution texane est complètement différente de celle que Van Buren eut plus tard à l’endroit du Canada.
Les représentants du Texas sont non seulement accueillis avec des applaudissements à Washington, mais le Sénat rédige une résolution « recommandant la reconnaissance de l’établissement d’un gouvernement civil au Texas », qui est approuvée par la Chambre des représentants. Jackson offre même au général Santa Anna une importante somme d’argent pour que le Mexique reconnaisse l’indépendance du Texas (Cantrell, chapitre 13; Remini, 1984, 347-368; Remini, 1988, 309-314). En guise de comparaison, tout au long de la Rébellion canadienne, Van Buren a souvent proclamé qu’il était le devoir de chaque citoyen Américain de rester neutre, de respecter leurs obligations envers la Grande-Bretagne et qu’il utiliserait tous les pouvoirs dont il était investi pour punir tout Américain qui violerait la neutralité, ce qui incluait des amendes et des peines d’emprisonnement (The Pennsylvania Inquirer, 8 janvier 1838).
Cette position contradictoire a été fortement critiquée dans les journaux du Nord. Plusieurs se demandaient pourquoi la politique du gouvernement fédéral à l’égard du Mexique et du Texas était contradictoire à celle du Canada. Tandis que les partisans du Texas pouvaient soutenir la Révolution Texane sans crainte de conséquences, les partisans de la Rébellion au Canada seraient sévèrement punis (Public Ledger, 12 mai 1838; The National Gazette, 22 décembre 1837). Plusieurs journaux nordistes ont donc condamné la politique contradictoire de Van Buren comme une tentative d’apaiser les États esclavagistes du Sud qui veulent voir l’inclusion du Texas, un État esclavagiste, dans l'union américaine, et s’opposent à l’inclusion potentielle de deux républiques canadiennes « libres » (Poulson’s American Daily Advertiser, 19 janvier 1838; Dagenais, 2019 & 2022).
La politique de neutralité de Van Buren était donc très impopulaire dans les états du Nord, à un tel point qu’elle a eu des conséquences importantes sur sa popularité. Julien Mauduit a même démontré qu’elle a joué un rôle dans sa défaite lors des élections de 1840 et dans l’étonnante victoire de William Harrison et des Whigs. Van Buren a non seulement sous-estimé la popularité de la Rébellion dans les états du Nord, perdant de nombreux partisans en raison de sa « mauvaise » gestion de la « révolution canadienne», mais William Harrison n’a pas hésité à s’associer avec les rebelles (Mauduit, 2019).
Mauduit explique qu'à la fin des années 1830, des divisions commencent à apparaître dans la base électorale du Parti démocrate de Van Buren. La Rébellion canadienne n’a fait qu'augmenter ces divisions. Dans les états du Nord, du Vermont à la Pennsylvanie, et même à Washington, de nombreux partisans de la Rébellion condamnent la politique de Van Buren et son traitement des rebelles et leurs partisans américains. L'arrestation de William Lyon Mackenzie en 1838 est particulièrement condamnée. Même l’ancien secrétaire au Trésor d’Andrew Jackson, William Duane, demande la libération de Mackenzie. Écrivant à Mackenzie, Duane déclare que « le sentiment manifesté dans cette partie du pays éloignée de la frontière [...] militera beaucoup contre la réélection de M. Van Buren ». Duane ajoute que des « hommes influents » et des « amis » du président Van Buren « jurent qu’ils ne lui apporteront aucun soutien tant que William L. Mackenzie est emprisonné (Mauduit, 246) ».
De son côté, même si William Harrison n’a pas bâti toute sa campagne sur son soutien de la Rébellion canadienne, il n’hésite pas à s’associer avec les rebelles lors de ses visites dans les états du Nord. En juin 1840, par exemple, lors d’une assemblée à Cleveland, il proclame qu’il est un ami de la « révolution canadienne ». Lors d’un rassemblement à Fort Meighs, dans l’Ohio, Harrison va encore plus loin, célébrant ses victoires contre les Britanniques lors de la guerre de 1812 et chantant La Marseillaise et Hunters of Kentucky : des chansons qui sont synonymes avec la Rébellion (Mauduit, 252-53).
Pendant deux ans, la politique de neutralité du président a été dénoncée par les rebelles, leurs partisans américains et les membres du Parti whig. Cela a contribué à alimenter une vive opposition contre le Parti démocrate, considéré comme l’ennemi de la démocratie et de la liberté et comme une simple marionnette des Britanniques, tout en consolidant les whigs comme les partisans de la liberté, les ennemis des Britanniques et les véritables champions de la démocratie, aux États-Unis et au-delà.
Conclusion
Une analyse des états du Nord révèle que la Rébellion a eu un impact important dans la région. Suivant l’attaque contre le navire Caroline, la population américaine, qu’elle le veuille ou non, s’est trouvée impliquée dans la Rébellion. Or, bien que Van Buren ait déclaré la neutralité des États-Unis et interdit à sa population de participer à ce conflit, plusieurs Américains envoyèrent des sommes d’argent, des armes et des munitions aux rebelles. D’autres vont encore plus loin et joignent des loges de chasseurs et s’engagent à soutenir la «révolution canadienne» et à libérer les Canadiens de l’impérialisme britannique. De plus, lorsque Van Buren envoie une force sous la direction de Winfield Scott pour assurer la neutralité dans la région, celle-ci se trouve impuissante — la population locale continue de soutenir la Rébellion.
En conséquence, dans toute la région frontalière du Nord, des milliers d’Américains reconsidèrent leur loyauté au Parti démocrate de Van Buren et cherchèrent une alternative avec le Parti whig. La politique externe de Martin Van Buren, en particulier sa réponse à la Rébellion canadienne, a aliéné plusieurs dans la région et sa popularité dans le Nord s’est trouvée affaiblie, ce qui mena à la défaite éclatante du Parti démocrate et de Van Buren lors de l’élection de 1840.
Plus important encore, notre analyse démontre que la Rébellion a révélé de profondes divisions aux États-Unis. Tout d’abord, plusieurs Nordistes soutiennent la « révolution canadienne » dans l'espoir de créer une république « alternative », en dehors des États-Unis, où ils pourront atteindre leurs objectifs sociaux, politiques et économiques. Le contexte de la Rébellion offre l’occasion parfaite de recommencer à zéro et de créer une alternative, plus démocratique, au-delà des États-Unis. Deuxièmement, elle révèle que les divisions causées par l’esclavage, qui allaient conduire à la guerre civile, étaient déjà bien enracinées au moment de la Rébellion. La Rébellion et les Canada deviennent des pions importants dans la lutte entre les abolitionnistes et les esclavagistes aux États-Unis.
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Cet article fait partie d’une série d’histoires parues initialement dans le magazine Enjeux de l’univers social de l’Association québécoise pour l’enseignement de l’univers social (AQEUS).